Colonisation: l’Algérie retire sa demande d’excuses

Le Parlement algérien a approuvé lundi la version amendée de la loi criminalisant la colonisation française, dans laquelle ne figurent plus les exigences d’excuses officielles et de réparations généralisées.

By
Les élus algériens retirent les demandes d'excuses de la loi sur la colonisation française / AP

La loi votée en décembre 2025 qui criminalise la colonisation avait tendu davantage les relations franco-algériennes, a suivi un ballet parlementaire entre Conseil de la Nation et Assemblée. 

Dans la loi adoptée finalement hier par le Parlement algérien, les exigences d’excuses officielles et de réparations généralisées ne figurent plus. L’article demandant des compensations pour les victimes des essais nucléaires français en Algérie reste, en revanche, inchangé.

Loi expurgée lors du va-et-vient parlementaire

La législation, votée fin décembre 2025 à l’Assemblée populaire nationale (la chambre basse du parlement) sous les vivats des députés, fait porter à l’Etat français “la responsabilité juridique de son passé colonial en Algérie et des tragédies qu’il a engendrées”.
Le Conseil de la Nation - équivalent du Sénat français - avait émis des réserves en janvier, notamment sur les clauses concernant les excuses et les réparations.

Le rapporteur de la commission paritaire chargée d’amender le texte, Faouzi Bendjaballah, a expliqué ainsi les modifications apportées: “L’Algérie, qui a sacrifié des millions de martyrs pour sa liberté, son indépendance et sa souveraineté, ne bradera jamais sa mémoire ni sa souveraineté contre quelque avantage matériel que ce soit”.

Les modifications apportées à cette loi suivent les déclarations du président Tebboune. Le chef de l’Etat a déclaré que l’Algérie réclamait “la reconnaissance [par la France] des crimes commis dans le pays”, pas une “compensation financière”.

Une colonisation ponctuée de massacres


La question de la colonisation française en Algérie demeure l’une des principales sources de tensions entre Paris et Alger.
Si les massacres et exactions commises lors de la guerre d’indépendance de l’Algérie sont largement connus et disséqués, les massacres liés à la conquête de l’Algérie, à partir de 1830, sont presque effacés de l’histoire française.
La prise de contrôle du pays a été marquée par des tueries massives, des enfumades (la mort par asphyxie de rebelles retranchés dans des grottes ou bâtiments) et la déportation à grande échelle des résistants, selon les historiens. Entre 1830 et 1954, la colonisation a fait 1,5 million de morts algériens selon l’Algérie, 500 000 morts dont 400 000 Algériens, selon les historiens français.

Les relations bilatérales entre les deux pays restent tendues, mais la visite à Alger du ministre de l’intérieur français, Laurent Nuñez, début mars, a marqué l’amorce d’un dégel. La révision de ce texte de loi pourrait être perçue comme un geste de bonne volonté de la part de l’Algérie.