Élection présidentielle: et si c’était Mélenchon ?
FRANCE
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Élection présidentielle: et si c’était Mélenchon ?À sept mois de l'élection présidentielle, Marine Le Pen frôle les 35 % dans les sondages et Jean-Luc Mélenchon y est donné perdant au second tour. Pourtant, l'histoire électorale et l'état du pays invitent à se méfier des verdicts prématurés.
Le 7 juin dernier, plus de 20 000 personnes se pressaient à Saint-Denis pour le premier meeting de Jean-Luc Mélenchon

Le 7 juin dernier, plus de 20 000 personnes se pressaient à Saint-Denis pour le premier meeting de Jean-Luc Mélenchon. Le candidat de la France Insoumise y promettait notamment de porter le SMIC à 1 700 euros et de créer une sécurité sociale intégrale. Il dédiait aussi et surtout son discours au “peuple palestinien invaincu, martyr d'une invasion et d'un génocide”. Entouré par la prix Nobel de littérature Annie Ernaux et du maire de la ville des rois, Bally Bagayoko, le candidat Mélenchon a lancé un défi à l'oligarchie sioniste qui mène une guerre à mort à LFI. 

Au micro de TRT Français, l'historien et militant antiraciste Youssef Boussoumah, se réjouit de ce début de campagne tonitruant. “Il occupe quasiment tout l'espace politique à gauche, malgré la vendetta médiatique dont il est l'objet.” Il note que le fait que tous ses meetings soient “pleins à craquer témoigne d'une véritable dynamique électorale, notamment auprès d'une jeunesse urbaine précarisée.” 

Même Jean Bricmont, essayiste politique, pourtant très critique sur le programme insoumis, s'incline, dans un entretien accordé à TRT Français, devant un candidat “très habile et redoutable orateur.”

Même ses rivaux les plus impitoyables mesurent la force du mouvement. L'ancien président François Hollande juge que seuls LFI et le PS ont “la capacité à être au second tour” face au Rassemblement national. 

François Ruffin, député de la Somme et candidat à l’élection présidentielle, a reconnu quant à lui, dans la matinale de TF1, que l'entrée en campagne de Mélenchon est une démonstration de puissance”. Il reproche en revanche au tribun de s'être enfermé sous un “plafond de béton” en ne voulant pas s'adresser à la partie de l'électorat tentée par le vote Le Pen.

Le maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko, salue de son côté une “cohérence parfaite” du programme d'une élection à l'autre. 

Seul le candidat de Place Publique, Raphaël Glucksmann, relativise l'impact du rouleau compresseur LFI. Le nouvel enfant chéri de l'oligarchie européo-sioniste a affirmé le 23 août dernier dans le journal de TF1 “qu'il (Mélenchon) n'avait aucune chance de remporter l’election présidentielle.”

Pourtant, le dernier sondage Cluster 17 pour Politico, donne le leader insoumis entre 19 et 20% au premier tour, loin devant le compagnon de Léa Salamé. 

Gaza, islamophobie: le prix de la constance

Le rejet de Jean-Luc Mélenchon ne tient pas qu'à ses orientations économiques et sociales. Jean Bricmont, qui ne ménage pas LFI, le dit sans détour : le mouvement “s'est réveillé avec Gaza en faisant preuve d'un remarquable courage (...) il a pris de plein fouet”, dit-il, “un tsunami d'insultes” avec à la clé des accusations répétées d'antisémitisme que le candidat Mélenchon nie catégoriquement. 

Depuis octobre 2023 et le déclenchement du génocide à Gaza, LFI est en effet l'une des rares forces de premier plan à refuser le silence face à l'horreur. Elle y a ajouté un combat sans relâche contre l'islamophobie. Ce double choix, moralement cohérent, lui vaut une diabolisation méthodique par les grands médias. Le paradoxe est cruel: le camp qui dénonce la “dédiabolisation” du RN est traité en paria, pendant que le parti de Marine Le Pen se normalise dans la quasi-totalité des médias. 

Le RN, horizon d'un pays qui bascule

Le 7 juillet a également été marqué par la condamnation définitive de Marine Le Pen. La Cour d'appel de Paris lui a infligé une peine de trois ans de prison, dont un an ferme aménageable sous bracelet, tout en la laissant éligible. Le soir même, elle annonçait pourtant sa candidature à la magistrature suprême au journal de TF1. Selon Ipsos-BVA, elle réunit désormais entre 33 et 35 % des intentions de vote au premier tour. Ces projections très favorables à la candidate Le Pen, sont relayées à l'envi par les médias mainstream, laissent s'installer l'idée lancinante d'une victoire inéluctable du RN. 

Un narratif que Youssef Boussoumah qualifie sans détour de “fascisme informationnel”. La “parole raciste s'est totalement libérée”, dit-il, “portée par une vague islamophobe enclenchée en 2004 avec la loi contre les signes religieux à l'école.” Il rappelle que “ce n'est évidemment pas la bourgeoisie qui vote RN (…) Ce sont des classes moyennes et populaires en désarroi, dont une partie voit dans le racisme un exutoire à sa détresse sociale.” C'est à elles, selon lui, que Mélenchon doit également parler ; malgré un climat tendu qui confine à la paranoïa.

Il est “perçu comme le candidat exclusif des Arabes, des Noirs et des musulmans” regrette Boussoumah, qui reproche au système politique une tentative d'installer “un barrage républicain” anti-Mélenchon en le renvoyant au “parti de l'étranger.”

La cristallisation de l'opinion sur les deux candidats incarnant la radicalité témoigne d'un probable basculement. Le désir de rupture est en effet massif: 71 % des Français attendent un “vrai changement social et politique”, contre 51 % avant 2022. Et cela, dans un pays où les prix des carburants battent des records à la suite de la fermeture du détroit d'Ormuz. Les thématiques économiques et sociales prennent progressivement le dessus sur les questions identitaires et migratoires. 

Dans cette optique, Jean-Luc Mélenchon enfonce un coin en multipliant les propositions chocs telles que l'annulation de la dette française détenue par la Banque centrale européenne (BCE). Il souhaite également relancer la demande par l'augmentation générale des salaires. Cette centralité de la question du pouvoir d'achat favorise de fait le candidat de LFI, ce qui soulève l'ire des organisations patronales. 

Sondages : la fabrique de l'inéluctable

Comme aimait à le rappeler le sociologue Pierre Bourdieu, il faut lire les sondages avec méfiance. Le patron d'Odoxa lui-même rappelle qu'à un an du scrutin, les intentions de vote “ne reflètent la réalité qu'une fois sur deux.”

L'expérience de 2022 en témoigne. En juin 2021, Mélenchon était crédité de 12 % par l'Ifop et 13 % par Harris Interactive. Il a fini à 21,95 %, à moins de deux points de la qualification. Aujourd'hui, un duel Le Pen-Mélenchon est testé à 67 % contre 33 % selon l'Ifop, sans campagne ni débat, dans un pays où sept Français sur dix n'ont pas arrêté leur choix. 

Ces enquêtes ne sont pas des thermomètres neutres. 

À force d'être répétées, elles installent une propagande de l'inéluctable: elles démobilisent, dictent le “vote utile” et transforment un rapport de force provisoire en fatalité. Boussoumah prévient que “l'extrême centre va propulser Édouard Philippe, dont on n'entendra parler sans arrêt.” Or Odoxa le voit déjà reculer de quatre points en deux mois. Même les favoris de la mécanique médiatique ne sont donc pas à l'abri

Le duel qu'on dit perdu d'avance

Boussoumah juge le second tour “très compliqué.” Bricmont se dit “sûr” que Mélenchon perdra, citant l'immigration et un programme économique qu'il juge irréaliste. Ces objections sont sérieuses et il faudra y répondre.

Mais trois leviers peuvent renverser la donne. D'abord les qualités d’orateur du candidat Mélenchon, capable de transformer un meeting en événement national. Ensuite la dynamique populaire, celle d'une campagne de terrain que les sondages captent mal. Enfin la cohérence stratégique, décisive quand la crise économique s'aggrave et que le désir de rupture s'étend bien au-delà de la gauche.

Un duel, par ailleurs, est un exercice où Marine Le Pen s'est déjà heurtée deux fois à un mur, en 2017 et en 2022. Il l'oblige à défendre et articuler un programme et des propositions crédibles. Elle devra notamment démontrer en quoi sa “priorité nationale” ne déroge pas au principe d'égalité consacré par la constitution, face à un adversaire qui fait de la justice sociale, du logement, des salaires et des services publics son terrain de prédilection.

Rien n'est donc écrit, sauf par ceux qui ont intérêt à l'écrire.

SOURCE:TRT français et agences