Un an après Chido, des réparations au point mort
Un an après le passage du cyclone Chido à Mayotte, l’île se reconstruit doucement. De nombreux chantiers stagnent, entre particuliers peinant à être indemnisés et écoles toujours endommagées.
Fuites à travers le toit et moisissures sur les murs font partie du quotidien de Siti-Marie Zoubert depuis un an. “On vit dans les débris”, déplore cette habitante de Tsingoni, au Centre de Mayotte. Le 14 décembre 2024, le cyclone Chido a fortement endommagé sa maison : le vent a soufflé plusieurs tôles et surélevé la structure du toit qui est désormais gondolé et qui laisse l’eau s’infiltrer et endommager tout l’électroménager au rez-de-chaussée.
Assurée chez Pacifica, filiale d'assurances dommages de Crédit Agricole Assurances, elle affirme avoir déclaré le sinistre dès le 18 décembre, malgré la difficulté à trouver une connexion internet. Un mois plus tard, un expert vient pour constater les dégâts. “Il a estimé que l’assurance devait me verser un acompte de 10 000 euros, mais je n’en ai reçu que 5 000 “, déplore Siti-Marie Zoubert. Une somme qui ne suffit pas pour réparer le toit et remplacer l’électroménager. Depuis ses derniers échanges avec la compagnie d’assurance en septembre, son dossier “est au point mort”.
Selon elle, le blocage est dû à la nature et au nombre de pièces de sa maison. Au moment de souscrire son contrat, l’assurée était en train de construire un étage et assure avoir donné toutes les informations nécessaires à la compagnie.
Aujourd’hui, l’assureur attend des éléments de l’expert pour connaître le nombre de pièces et la surface de l’habitation et déterminer si les mensualités de Siti-Marie Zoubert doivent être augmentées.
Ces vérifications s’éternisent et l’assurée voit sa maison moisir en pleine saison des pluies dans ce département tropical. “On a bricolé, rafistolé en attendant, l’eau s’infiltre”, explique la sinistrée. Contactée, la compagnie d’assurance n’a pour l’heure pas donné suite à nos sollicitations.
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Des habitants désemparés
Siti-Marie Zoubert n’est pas la seule à connaître des déboires avec les assurances et à voir sa maison figée dans son état d’après Chido. Si l’état de catastrophe naturelle a été décrété pour l’ensemble des communes et les assureurs appelés à être réactifs, les dossiers de plusieurs Mahorais stagnent.
Face à l’ampleur des destructions, 60% de l’habitat mahorais était soit détruit soit endommagé, les habitants ont compris dans un premier temps la difficulté à traiter l’ensemble des dossiers rapidement. Mais, en visite à Mayotte en septembre 2025, le ministre des Outre-mer de l’époque, Manuel Valls, déclarait à Mayotte la 1ère : “Les Mahorais ont raison, les assurances ne sont pas au rendez-vous. Il y a 50% des dossiers qui ont été traités. Ça vaut pour les entreprises, les collectivités locales et surtout les particuliers”. En novembre, la préfecture de Mayotte a créé un dispositif de suivi pour les particuliers et entreprises peinant à voir leur dossier avancer.
Des assureurs qui trainent les pieds
Au Nord de l’archipel, dans la commune de Bandraboua, Mariatti Binti El-Anzize en a profité pour signaler sa situation et espère que cela pourra débloquer son cas. Ayant fait construire sa maison sur un terrain appartenant à la commune, qui le lui a attribué, elle n’est pas en mesure de donner toutes les pièces justificatives demandées par l’assureur Prudence Créole, auprès de qui elle a souscrit une assurance habitation multi-risque et dont elle paye toujours les mensualités.
Comme plusieurs habitants de la commune, elle est en attente d’une régularisation du foncier par la commune, un enjeu de taille à Mayotte. Un an après Chido, elle se sent prise au piège dans un imbroglio administratif dont elle ne voit pas le bout. « Je n’ai plus d’espoir », souffle-t-elle après avoir montré les trous dans son plafond et les infiltrations d’eau. Prudence Créole n’a pas répondu à nos sollicitations. En septembre 2025, le ministre de l’Outre-mer d’alors, Manuel Valls déplorait que seulement 50% des dossiers d’indemnisation avaient été traités par les assureurs.
Outre les maisons non réparées, certaines écoles voient elles aussi leurs travaux stagner. À Ongojou, deux écoles qui sont ouvertes et reçoivent des élèves restent en mauvais état selon Nafissa, parent d’élève. “Il y a encore des carreaux cassés dans une des écoles primaires […], un risque électrique avec des fils qui pendent. […] Dans l’école maternelle du bas, le plafond est toujours ouvert, des fils électriques pendouillent”, décrit la mère d’un élève de 5 ans.
En août, à la rentrée, des parents avaient manifesté et bloqué l’accès à ces écoles pour obliger la mairie à terminer les travaux nécessaires, mais d’après Nafissa, il n’y a eu que du “bricolage”. “On nous a expliqué qu’il n’y aurait pas d’investissement dans ces écoles car une nouvelle va être construite”, précise-t-elle. La mairie de Dembéni, dont dépend le village d’Ongojou, n’a pas répondu à nos sollicitations.
Un an après, des écoles “rafistolées”, des cours en rotation
Selon un rapport de Human Rights Watch, 39 des 221 écoles primaires de Mayotte ont été entièrement détruites par Chido, et 5 des 33 collèges et lycées ont été fortement endommagés. Tous les collèges et lycées ont été impactés avec des taux de destruction allant de 50% à 90% précise le rectorat de Mayotte.
Vitale Kuola, secrétaire général du syndicat des enseignants SE-Unsa, précise qu’une année après, les réparations sont inégales entre le premier et le second degré.
Pour le premier degré (écoles primaires), les mairies ont entamé les travaux les plus urgents en puisant dans leurs réserves. “Mais seules deux ou trois communes ont été remboursées”, explique-t-il. Un fonds d’amorçage a été mis en place par l’État pour financer la réparation des écoles élémentaires, mais les mairies peineraient à monter correctement leurs dossiers de remboursement.
Les travaux stagnent et plusieurs établissements demeurent fermés, obligeant des élèves à subir un système de 2 à 3 rotations scolaires par jour. Le rectorat de Mayotte admet que 158 écoles sur 221 fonctionnent toujours en rotation dans le primaire, ces élèves ne recoivent donc pas le volume horaire de cours normal. Les travaux de reconstruction se poursuivent, assure l’administration locale, notamment dans la cpitale Mamoudzou et Koungou.
Pour les collèges et lycées, gérés par le rectorat, la remise en état a été plus rapide et l’ensemble des établissements ont accueilli leurs élèves lors de la rentrée 2025, les réparatoins qui restent à faire concernent seulement des batîments annexes qui ne concernent pas le déroulement des enseignements, assurent le rectorat.
Mais Jean-François Pollozec, secrétaire régional du syndicat Unsa Éducation (Union nationale des syndicats autonomes) parle de “rafistolage”. “On découvre des choses après coup. Avec la saison des pluies, on découvre des fuites. […] On voit aussi la corrosion du réseau électrique à cause de l’eau de mer projetée par Chido”, développe-t-il.
Pour Vitale Kuola, cette situation laisse planer le fantôme du cyclone sur les enfants, mais également sur le personnel : “Dans les salles des profs, tous les jours, on parle de Chido, personne n’arrive à s’en détacher”.