L’industrie française et européenne se réduit comme peau de chagrin

Les fermetures d’usines dépassent les ouvertures de sites en France, selon les données du cabinet d’études Trendeo. La tendance est européenne dans un secteur en crise coincé entre la concurrence chinoise et les “tariffs” de Trump.

By
Le site de Gelsenkirchen en Allemagne, ancien coeur de la sidérurgie allemande, fermé temporairement par Thyssenkrup depuis mi-décembre 2025 / Reuters

Le bilan de l'année 2025 n’est pas reluisant: pour la deuxième année consécutive, la France a vu davantage d'usines fermer que de sites ouvrir.

En 2025, le pays a enregistré 124 fermetures, liquidations, redressements ou procédures de sauvegarde, et 86 ouvertures de sites industriels, auxquels il faut ajouter 62 extensions. Le solde est de 38 sites perdus. Ce bilan négatif est légèrement moins sévère qu'en 2024, année où 40 sites ont été perdus.

Les chiffres de ces dernières années racontent une lente mais inexorable désindustrialisation. Après un pic historique en 2021 et en 2022, le solde entre créations d’entreprises et fermetures de sites est négatif. Il l’était déjà en 2024 avec -15 et en 2025, il plonge avec un solde de -63.
Dans le détail, 116 usines ont été créées en 2025, notamment dans le traitement des déchets (+ 11) ou l’alimentaire (+ 14), mais 179 ont été fermées (– 30 dans l’alimentaire, – 22 dans la métallurgie, – 11 dans la chimie ou dans les matériaux de construction, – 9 dans l’automobile ou dans les équipements électriques).

Une économie en mutation

Tous les secteurs industriels sont concernés, selon la CGT qui cartographie les plans de licenciement. Depuis un an et demi, le syndicat a recensé près de 500 plans de licenciement en France, dont 360 rien que dans l'industrie. 

La métallurgie est toujours la plus exposée, mais les fermetures touchent désormais aussi des secteurs plus protégés jusque-là comme l'agroalimentaire, par exemple Teisseire, fabriquant de sirops en Isère. Elles ont des conséquences majeures pour l'emploi. La CGT évoque 45 000 emplois industriels détruits depuis 2024.

Signe du malaise croissant dans l’industrie française: lors de la visite du chef de l’Etat le 9 février à l’usine d'ArcelorMittal de Mardyck qui lance un chantier de four électrique ce qui annonce la décarbonation d’une partie de sa production, le syndicat CFDT ArcelorMittal a refusé d’assister à cette rencontre. La CFDT dénonce un coup de comm’ alors qu’un plan de licenciement existe dans le groupe.

Un élu LFI a à cette occasion rappelé au président que l’Assemblée nationale s’était prononcé pour la nationalisation d'ArcelorMittal, justement à cause du plan social en cours. En France, ArcelorMittal a supprimé 608 postes en 2025, dans les fonctions support mais aussi la production.

La solution est-elle européenne ?

Mais d’un côté, l’année 2025 a été marquée par des annonces d’investissements record, en particulier dans le domaine du numérique tandis que de l’autre, le tissu industriel traditionnel, l’automobile en tête, s’enfonce dans le rouge. 

L’économie française est en mutation, explique David Cousquer, le fondateur de Trendeo. Selon lui, la France est à la croisée des chemins et son économie connaît une “transformation profonde”.

Cette  mue est portée par l’essor des filières de la nouvelle révolution industrielle (numérique et développement durable) face au déclin des anciennes (industries lourdes), toujours plus concurrencées par l’étranger.

Est-ce à dire que l’industrie française des PME des pièces détachées, de l’acier et des machine-outils est destinée à disparaître ?

Un mal européen

Le malaise est en tout cas le même chez nos voisins européens car les équilibres du monde ont changé. L’industrie européenne doit faire face à l’offensive commerciale sans précédent de la Chine, dont le modèle économique repose exclusivement sur l’exportation, mais aussi à la hausse des droits de douane américains.

Les 600  industriels européens regroupés le 11 février au château d'Alden Biesen en Belgique pour un sommet informel consacré à la l'industrie européenne, ont littéralement lancé un appel à l’aide, un cri d’alarme. Selon eux, l’Europe doit soutenir d’urgence son industrie car la situation est pire qu’il y a un an. 

Ce secteu perd du terrain sur pratiquement tous les fronts par rapport à la Chine et les États-Unis, a constaté mercredi un rapport du cabinet Deloitte, commandé par le conseil européen de l’industrie chimique Cefic.

Pékin produit massivement à des coûts souvent 30 à 40 % inférieurs à ceux de l’Europe. 98 % des panneaux solaires sont désormais produits en Chine. L’acier, la chimie et l’automobile sont en décrochage,  préviennent deux rapports, l'un du Haut-commissariat au plan, en France, l'autre du cabinet Deloitte.
L’Allemagne, pilier industriel du continent, a vu le poids de son industrie reculer de cinq points de PIB en dix ans.

Le sentiment d’urgence des industriels a-t-il été entendu? 

Le lendemain, toujours en Belgique, les 27 chefs d’Etat se sont réunis pour un sommet sur la compétitivité européenne et ils ont annoncé pouvoir réformer pour se défendre mais ont donné une image divisée.

La Commission promet de simplifier les réglementations, ou la possibilité de créer en 48h00 son entreprise reconnue dans toute l’Union européenne.

Reste que l’idée de préférence européenne ne fait pas l’unanimité.

Emmanuel Macron plaide comme ses ministres pour une préférence européenne, soit une obligation pour certaines entreprises bénéficiant de fonds publics, dont les constructeurs automobiles, de se fournir en composants européens. L’Allemagne n’y adhère pas. 

Une loi d’accélération industrielle sera présentée le 25 février par Stéphane Séjourné, le vice-président de la Commission.

Des décisions seront prises lors du Conseil européen le 19 mars  prochain, ont promis les chefs d’Etat.