Agriculture: le traité du Mercosur va être ratifié, la France elle votera contre
Emmanuel Macron a annoncé que la France voterait contre la ratification du traité du Mercosur qui doit être étudié ce vendredi à Bruxelles. Ce rejet est exigé par les agriculteurs mais il ne stoppera pas la ratification de ce traité de libre-échange
L’image est symbolique, ce jeudi, les tracteurs étaient place de l’Arc de triomphe et devant la tour Eiffel. Comme un baroud d’honneur face à un traité déjà presque enteriné, les bonnets jaunes de la Coordination rurale étaient sur toutes les chaines d’infos.
Emmanuel Macron a annoncé jeudi que la France voterait "contre la signature de l’accord entre l’Union européenne et les pays du Mercosur", invoquant un "rejet politique unanime".
“Le constat doit être dressé d’un rejet politique unanime de l’accord, comme l’ont clairement montré les récents débats à l’Assemblée nationale et au Sénat", a développé le chef de l'Etat dans un communiqué.
"Je continuerai de me battre pour la pleine mise en œuvre concrète des engagements obtenus de la Commission européenne et pour protéger nos agriculteurs", a-t-il assuré.
C’est un geste d’apaisement envers les agriculteurs qui, depuis décembre, sont presque tous les jours, dans la rue. L’épizootie de nodulaire a relancé le mouvement en janvier mais leur opposition à cet accord de libre-échange a toujours été claire.
Pas de minorité de blocage pour stopper la ratification
Mais l’annonce d’Emmanuel Macron ne va rien changer au cours des affaires européennes même si ce rejet s'ajoute à l'opposition de l'Irlande, de la Pologne ou de la Hongrie. Cela ne devrait cependant pas empêcher la Commission européenne d'obtenir le feu vert d'une majorité d'Etats membres lors de ce vote à la majorité qualifiée vendredi à Bruxelles.
L’Italie avait un temps refusé le texte mais semble désormais prête à signer l’accord. Il n’y a donc plus de minorité de blocage.
En dépit de la contestation des agriculteurs européens, Ursula von der Leyen espère parapher ce traité lundi au Paraguay.
Le pro libre-échange Emmanuel Macron, confronté à la pression des agriculteurs, se montre critique envers l’accord commercial avec des pays d’Amérique du Sud qui ouvre un marché énorme aux Européens.
"Si la diversification commerciale est nécessaire, le gain économique de l'accord UE-Mercosur sera limité pour la croissance française et européenne (+0,05% sur le PIB de l’UE à l’horizon 2040 selon la Commission). Il ne justifie pas d’exposer des filières agricoles sensibles et essentielles à notre souveraineté alimentaire", a-t-il estimé.
Une France agricole doublée par l’Allemagne et l’Espagne
L'Union européenne s'apprête à approuver un traité commercial contre l'avis de la première puissance agricole du continent, une situation quasiment inédite. Mais face au secteur agricole, l'industrie européenne voulait, elle, cet accord, espérant relancer les ventes de voitures notamment mises à mal avec les taxes américaines et la concurrence chinoise.
L’Allemagne et l’Espagne voulaient ratifier le traité en décembre 2025.
Macron a toutefois salué les "avancées" obtenues auprès de Bruxelles: "une clause de sauvegarde spécifique", sorte de "frein d’urgence" sur les importations agricoles des pays latino-américains du Mercosur en cas de déstabilisations de marché en Europe.
Paris explique néanmoins que la partie n'est pas terminée, puisque l'accord, s'il est bien signé, doit encore être soumis au Parlement européen pour ratification, dans quelques semaines.
Le scrutin pourrait être serré dans l'hémicycle où les considérations nationales pèseront.
Environ 150 eurodéputés (sur 720) voudraient saisir la justice pour tenter de s'opposer à l'application de l'accord.
Cet accord est en négociation depuis vingt-cinq ans. La Commission européenne mène des tractations depuis 1999 pour créer l'une des plus grandes zones de libre-échange au monde avec l'Argentine, le Brésil, le Paraguay et l'Uruguay. Le Mercosur compte 700 millions d’habitants.