Une majorité d’Etats européens approuvent l’accord du Mercosur malgré l’opposition de la France

Une majorité qualifiée d'États européens a approuvé vendredi l'accord de libre-échange avec le Mercosur, malgré la colère des agriculteurs et l'opposition de la France.

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Des agriculteurs alsaciens de la Coordination rurale ont bloqué ce vendredi le pont de l'Europe qui relie France et Allemagne / AFP

Le feu vert de l’Union européenne (UE) ce vendredi à l’accord de libre-échange avec le Mercosur est un “signal important en cette période” de tensions commerciales, a salué le ministre allemand des Finances, Lars Klingbeil, dans un communiqué.

Grâce à ce feu vert, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, pourrait se rendre dès lundi au Paraguay afin de signer ce traité commercial avec l’Amérique latine.

La Commission européenne menait des tractations ardues depuis 1999, pour parvenir à un accord avec l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay.

“Alors que d’autres se referment et adoptent une politique commerciale de plus en plus agressive, nous misons sur de nouveaux partenariats”, pour stimuler la croissance en Europe, a déclaré le vice-chancelier allemand dans un message faisant clairement allusion à la guerre des taxes douanières lancée par Donald Trump.

L'Allemagne et l'Espagne ont vigoureusement soutenu cet accord, espérant relancer leur économie affaiblie par la concurrence chinoise et les droits de douane aux États-Unis.

La France a voté contre

Ce traité entre l'UE et les pays du Mercosur va créer une zone de libre-échange de plus de 700 millions de consommateurs, réclamée par les milieux d'affaires (270 millions pour les 4 pays du Mercosur, le Paraguay, le Brésil, l’Uruguay et l’Argentine)

Empêtré dans l'instabilité politique en France, Emmanuel Macron a paru hésiter sur ce traité avec le Mercosur, pour finalement annoncer jeudi soir que son vote serait négatif.

La Pologne, la Hongrie, l'Irlande, l'Autriche étaient aussi dans le camp du non mais l’Italie a décidé au dernier moment de soutenir le texte.

Le Mercosur fait peur aux agriculteurs européens car ces pays sont de gros producteurs agricoles, et cet accord avec l’UE facilitera l'entrée en Europe de bœuf, de volaille, de sucre, de riz, de miel et de soja sud-américains, avec des quotas de produits détaxés.

Les détracteurs de cet accord de libre-échange arguent qu'il va bousculer l'agriculture européenne en favorisant l’afflux de produits à bas coûts et ne respectant pas nécessairement les normes environnementales de l'UE, faute de contrôles suffisants.

Des manifestations d'agriculteurs ont eu lieu en France mais aussi en Belgique pour protester contre la signature de cet accord. "Il y a beaucoup de peine. Il y a beaucoup d'énervement et ça devient de plus en plus tendu", confiait Judy Peeters, un représentant des agriculteurs belges, lors d'une action de blocage jeudi sur un échangeur autoroutier au sud de Bruxelles. 

Les agriculteurs grecs ont aussi multiplié les barrages routiers tout au long de cette semaine.
La FNSEA, le premier syndicat agricole français, a appelé à un grand rassemblement devant le siège du Parlement européen à Strasbourg le 20 janvier.

Paris explique néanmoins que la partie n'est pas terminée, puisque l'accord, s'il est bien signé, doit encore être soumis au Parlement européen pour ratification, dans quelques semaines.

Le scrutin pourrait être serré dans l'hémicycle où les considérations nationales pèseront. 

Environ 150 eurodéputés (sur 720) voudraient saisir la justice pour tenter de s'opposer à l'application de l'accord.