L’Europe divisée face à la guerre en Iran

Depuis le lancement des attaques américano-israéliennes sur l’Iran, les États européens ont adopté des postures très différentes, entre attentisme et coopération.

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Les dirigeants européens adoptent des attitudes très différentes sur la guerre contre l'Iran / TRT Français

Dès mardi, l’Iran a prévenu les Européens que “toute participation aux opérations militaires" serait un acte de guerre. Tout acte de ce type contre l'Iran serait considéré comme un geste de complicité avec les agresseurs", a déclaré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères Esmaïl Baghaï, lors d'une conférence de presse à Téhéran. 

Cette mise en garde n’a pas forcément effrayé les pays européens, d’autant que sur le Vieux continent, les positions sont très diverses, entre refus catégorique d’aider Washington et positions très alignées sur la nouvelle guerre lancée par Donald Trump.

Pour mener leurs frappes sur l’Iran, les États-Unis sollicitent les bases américaines en Europe, leur personnel et leurs stocks d’armes et depuis une semaine, leurs avions contournent deux pays européens, la Suisse et l’Autriche.

Cet évitement est lié à la réglementation suisse sur les survols militaires, écrit l'Office fédéral de l'aviation civile (OFAC).Les survols du territoire suisse par des aéronefs militaires étrangers doivent être autorisés et pour l’instant, ils ne sont pas.

La Suisse comme l’Autriche ont en effet choisi de garder leur neutralité, et chaque nuit, des dizaines d’avions ravitailleurs et d’appareils de transport américains se dirigent vers le Moyen-Orient en faisant un large détour pour éviter les espaces aériens de la Suisse et de l’Autriche, deux États neutres.

50 bases américaines dans les pays de l’OTAN

Qu’elle le veuille ou non, l’Europe est au cœur du système militaire américain. Selon le Congrès américain, les États-Unis comptaient en 2024 environ 67 000 militaires en service actif répartis dans les 30 pays membres de l’OTAN. La majorité des troupes présentes en Europe se trouve en Allemagne, qui en accueille plus de la moitié (35 068), suivie de l'Italie (12 375) et du Royaume-Uni (10 058). 

Mais même les pays où la présence américaine est forte rechignent à rejoindre le duo israélo-américain dans leur stratégie. Ainsi, le ministre allemand de la Défense, Boris Pistorius, a informé les parlementaires à Berlin que l'Allemagne ne participerait pas au conflit. "L'Allemagne n'est pas partie à cette guerre. Les forces armées allemandes ne participeront pas à cette guerre", a-t-il déclaré lors d'un débat parlementaire.

La Belgique est très divisée sur le sujet. Faut-il suivre la stratégie américaine ou rester à l’écart? Le gouvernement de coalition n’arrive pas à définir une ligne commune car il est très divisé.

La Belgique est comme l’Europe: politiquement fracturée… La coalition au gouvernement n’a toujours pas trouvé de ligne commune. Ce jeudi, lors des discussions sur l’Iran à l’Assemblée belge, les échanges ont été tendus. Le Premier ministre a défendu la décision américaine d’attaquer l’Iran. Paul Magnette, le président du PS s’est emporté et a répliqué: “Cette guerre n’est pas la nôtre. Trump n’a pas consulté les Européens, il ne les a pas même avertis. Il opère avec Netanyahou, un chef de gouvernement poursuivi pour crimes de guerre. (...) Alors, comme Pedro Sanchez en Espagne, nous devons dire non à Trump, pas une arme, pas un de nos soldats en Iran !” 

La Belgique s’est pour l’instant tenue à cette position. Elle s’est dite prête à répondre à un appel des pays du Golfe persique mais écarte toute possibilité de participation directe aux côtés des Américains ou des Israéliens.

L’Espagne se distingue par sa dénonciation immédiate et ferme dès le début des attaques d’une guerre qu’elle considère contraire au droit international. Elle a refusé aux Américains l'utilisation de leurs bases militaires, provoquant la colère de Donald Trump.

La France et la Grande Bretagne, des alliés alignés

Reste les deux alignés: la Grande-Bretagne a mis à la disposition des Américains ses bases militaires à Chypre notamment. Londres précise cependant qu’il doit s’agir uniquement de manœuvres dites “défensives”, et que cet accès est motivé par la présence de nombreux Britanniques qui se retrouvent pris sous le feu iranien dans le Golfe. Une précision qui semble indiquer un certain malaise face aux actions belliqueuses de l’allié américain.

La France, avec un président plus aligné que jamais sur l’impérialisme américain, a envoyé son porte-avions en Méditerranée et des avions de chasse dans les États du Golfe pour les aider à contrer les ripostes iraniennes. Paris a signé des accords de défense avec les Émirats, le Qatar et Koweit.


Le paysage politique européen est donc bien fragmenté. Dimanche 1er mars, à l’issue de la réunion de tous les ministres des Affaires étrangères européens, la cheffe de la diplomatie de l'UE, Kaja Kallas, a juste fait part de la volonté des Vingt-Sept de continuer "à contribuer à tous les efforts diplomatiques visant à réduire les tensions et à parvenir à une solution durable afin d’empêcher l'Iran d'acquérir une arme nucléaire".

Déclaration diplomatique dans le plus pur style qui indique un malaise.
Il y a sans doute la crainte de voir le conflit s’étendre, vers l’Irak, le Liban avec tous les risques de déstabilisation du commerce et des échanges et la crise humanitaire qui ira avec.


Enfin, depuis une année, les Européens ont fait face aux menaces commerciales de Washington, au désengagement dans le conflit ukranien. Ils se retrouvent à nouveau face à des États-Unis qui jouent leur carte en solo et ne les ont même pas prévenus, eux, leurs alliés historiques. L’Europe est dans ce conflit face à un allié qui ne la respecte plus.