Le budget 2026 de la France est adopté, mais à quel prix ?
Le budget 2026 de la France a été définitivement adopté ce lundi 2 février. Sébastien Lecornu a réussi à faire passer le budget mais il a dû recourir à l’article 49.3 à trois reprises. À l’arrivée, la chose a plutôt l’air d’une victoire à la Pyrrhus
Est-ce la victoire du compromis ? Ce budget 2026 est avant tout un budget de compromis, selon les termes du Premier ministre Lecornu. Le compromis a permis l’adoption du budget de la sécurité sociale en décembre mais cette approche n’a pas suffi pour le budget général. Le chef de l’exécutif a dû dégainer le 49.3, revenant ainsi sur une des promesses faites à son arrivée à Matignon.
Ce vote est néanmoins considéré comme un succès politique pour celui qu’on donnait déjà partant à peine arrivé. La voix de Sébastien Lecornu a prôné l'ouverture, l’écoute et le compromis, une formule d’apaisement politique qui a fonctionné en partie.
“Le tournant Lecornu, c’est d’avoir eu une véritable attitude de négociation et d’ouverture dans la discussion au sein du Parlement, qui était absente chez Michel Barnier et François Bayrou”, relève Denis Baranger, professeur de droit public à l’université Paris-Panthéon-Assas pour le journal Le Monde en décembre 2025.
Cet onguent a certes calmé certaines rancœurs liées à huit ans de macronisme sans partage mais n’a pas réussi à construire une majorité stable à l’Assemblée.
Le budget de personne
Les limites du compromis se manifestent également dans les commentaires entendus après le vote du budget. C’est le budget de tous et de personne car aucun parti politique ne s’y retrouve. Ce n’est pas non plus le budget du gouvernement tant il a été remanié au gré des discussions parlementaires.
La présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet refuse, d’ailleurs, de parler de victoire. Laurent Marcangeli, député et ancien ministre Horizons (parti d’ Edouard Philippe), a, lui, déploré devant la presse “plus de compromissions que de compromis”, pour faire passer un budget toutefois nécessaire pour la stabilité du pays.
Pour le Républicain, Nicolas Ray il s’agit d’un budget hybride: “il n'est ni de droite ni de gauche. Il est un budget imparfait".
Du côté du Rassemblement national, qui a multiplié les motions de censure, les commentaires sont acerbes. Le député Gaëtan Dussausaye a moqué un “budget de défaite, incompétent fait par des incompétents, qui envoie les comptes publics droits dans le mur”.
Les socialistes ont certes obtenu la suspension de la réforme des retraites, et le maintien de l’impôt exceptionnel sur les grandes entreprises. La droite se félicite du maintien de l’abattement de 10% dont bénéficient les retraités, un électorat clé. Cependant, Renaissance et les Républicains regrettent l'apparition d’impôts ici et là qu’ils ne voulaient pas voir, même dans la situation budgétaire actuelle.
Une assemblée plus divisée, un bloc gouvernemental en miettes
L’Assemblée nationale en sort encore plus divisée. Le Nouveau Front populaire, qui avait donné des signes d’essoufflement, puis s’est disloqué à cause de tensions internes, est officiellement mort.
Les Insoumis n’ont “plus d’alliance avec le Parti socialiste”, a déclaré lundi Mathilde Panot, présidente du groupe LFI à l’Assemblée. Les élus de Mélenchon refusent l’accord de non-censure au nom de la stabilité du pays entre le Premier ministre et le parti socialiste.
Et la députée a promis que les municipales de mars prochain permettraient de régler les comptes avec “la Macronie et ses complices”.
A droite, les fractures sont profondes. La stabilité du bloc gouvernemental construit après les élections de 2017 entre les macronistes, Horizons, le MoDem et les Républicains s’est fendillée. Le président des Républicains, Bruno Retailleau voulait censurer le budget tandis que le chef de file des députés Républicains, Laurent Wauquiez a résisté. Les députés Renaissance, eux, se disent, amers d’avoir donné des gages aux socialistes et vu les fondamentaux du macronisme détricotés.
Un aveu d’impuissance
Le politologue Thomas Ehrard juge ces 4 mois de discussions et invectives parlementaires comme un aveu d’impuissance du gouvernement Lecornu, celui qui s’est présenté comme le Premier ministre le plus faible de la Ve République.
Dans le journal The Conversation, le maître de conférences à l’Université Paris-Panthéon-Assas écrit: “premièrement, il n’existe pas de méthode Lecornu: le gouvernement n’a ni dirigé les débats, ni gouverné le contenu du texte dont tous les acteurs disent avoir obtenu gains de cause (sauf LFI et RN) (...) Il a subi, enfin, les jeux parlementaires. Difficile d’y voir une nouvelle méthode de gouvernement, tant il s’agit là d’un acte d’impuissance”.
Pour le politologue, cette faiblesse gouvernementale est liée aux circonstances de sa formation. C’est un gouvernement “mal-né” selon Thomas Ehrard. La composition du gouvernement a été choisie avant de s’accorder sur un programme de coalition, où chaque parti accepte certaines réformes pour en placer d’autres et où chacun s’engage à soutenir l’exécutif né de cette coalition, comme cela se pratique en Allemagne ou en Belgique.
Pressé ou buté, sans majorité à l’Assemblée, Emmanuel Macron a nommé un de ses fidèles à Matignon, l'indétrônable ministre des Armées depuis 2017. Il a conservé des ministres décriés, fermé le gouvernement aux candidats de gauche et a confié à Sébastien Lecornu, le soin de trouver la voie vers une majorité.
C’était donc une mission quasi impossible pour Sébastien Lecornu qu’il a pourtant réussie grâce notamment à l’article 49.3. En revanche, son manque d’assise politique va vite pointer son nez dans les dossiers qui l’attendent comme la réforme constitutionnelle pour la Nouvelle-Calédonie, la loi d’urgence pour l’agriculture, le statut de la Corse ou la loi sur la fin de vie.
Dans une assemblée où les députés du bloc gouvernemental sont affaiblis, voire flirtent pour certains avec la droite dure, dans un hémicycle où les partis politiques se préparent déjà aux élections présidentielles en 2027, l’avenir de Sébastien Lecornu ressemble déjà à un chemin de croix politique.