Des entreprises chinoises exploitent l’IA pour suivre les forces américaines au Moyen‑Orient
Des sociétés chinoises se servent de données publiques et d’intelligence artificielle pour collecter, analyser et diffuser des informations sur les mouvements de l’armée américaine dans la région, selon une enquête du Washington Post.
Un nouveau front s’est ouvert sur internet depuis le déclenchement de la guerre au Moyen‑Orient. Des entreprises chinoises, parfois proches des cercles militaires, utilisent des sources publiques et des outils d’intelligence artificielle pour cartographier et publier des détails sur les déplacements des forces américaines. Le Washington Post, qui a enquêté sur ce marché en expansion, pointe la diffusion de publications virales montrant bases, avions et groupes aéronavals américains au cours des dernières semaines.
Ces sociétés agrègent des images satellitaires, des données de vol et de navigation disponibles publiquement, puis mobilisent l’IA pour traiter ces éléments et proposer des analyses prétendant localiser du matériel, suivre des déploiements et reconstituer des préparatifs opérationnels. Certaines entreprises vendent ou partagent ces produits sur les réseaux sociaux, où des contenus mettant en scène l’activité militaire américaine ont circulé massivement.
Parmi les acteurs cités figure MizarVision, basée à Hangzhou, qui affirme avoir détecté des déploiements américains dans la région avant certaines opérations, en identifiant la présence de groupes aéronavals et d’appareils sur plusieurs installations. Une autre société, Jing’an Technology, prétend avoir suivi des avions militaires lors d’opérations récentes.
Pékin affirme ne pas être partie au conflit, mais la Chine investit depuis des années dans le développement d’outils d’IA à vocation défensive. Le recours à des entreprises privées spécialisées dans l’analyse de données ouvertes pourrait permettre au pays d’améliorer ses capacités de renseignement tout en maintenant une distance officielle à l’égard des hostilités, voire d’assister des partenaires extérieurs.
Aux États‑Unis, responsables et experts en renseignement sont partagés: certains estiment que ces outils compliquent la dissimulation des mouvements militaires et constituent une “menace réelle”, tandis que d’autres jugent que les capacités de ces fournisseurs restent insuffisantes pour révéler des informations véritablement sensibles. Qu’il s’agisse d’un risque concret ou d’un effet d’annonce, l’essor de ces pratiques impose selon le Washington Post une vigilance accrue des forces occidentales face à l’exploitation de données publiques et d’IA par des acteurs étrangers.