Tensions au Moyen-Orient: le soutien de l'OTAN à la Türkiye testerait la capacité de l'alliance
Des intervenants lors d'une table ronde à Paris ont averti qu'une escalade régionale pourrait affecter la sécurité mondiale et l'économie.
L*£e soutien de l'OTAN à la Türkiye en cas d'escalade des tensions régionales ne se limiterait pas à soutenir Ankara, mais mettrait également à l'épreuve la capacité de réaction de l'Alliance, a déclaré, mercredi, un expert en sécurité lors d'une table ronde à Paris sur les relations Türkiye-OTAN.
Murat Aslan, professeur à l'Université Hasan Kalyoncu et chercheur principal au sein du think tank SETA, a averti que les récentes attaques américano-israéliennes contre l'Iran pourraient s'étendre et potentiellement se propager vers la région du Golfe.
Il a affirmé que toute escalade affecterait inévitablement les intérêts de la Türkiye et de l'OTAN.
Aslan a également indiqué que les conflits modernes impliquent de plus en plus de confrontations entre États et acteurs non étatiques, nécessitant ce qu'il a décrit comme une "réponse hybride" combinant mesures militaires, politiques et sécuritaires.
"L’ordre international fondé sur des règles mis à rude épreuve"
Période instable
Le conseiller principal du président turc, Cagri Erhan, a déclaré que l’ordre international fondé sur des règles, bâti autour du système des Nations Unies après la Seconde Guerre mondiale, subit des pressions croissantes.
Lors d’une table ronde, Erhan a affirmé que l’évolution de la situation mondiale depuis la pandémie de COVID-19 a plongé le monde dans une période plus incertaine, marquée par une recrudescence des risques sécuritaires, une fragilité économique et une montée du protectionnisme.
Cette réunion, organisée par l’ambassade de Türkiye à Paris, a rassemblé près de 30 journalistes français et turcs afin d’évoquer les relations entre la Türkiye et l’OTAN, ainsi que la situation au Moyen-Orient et le conflit russo-ukrainien.
"L’ordre international fondé sur des règles est attaqué de toutes parts", a soutenu Erhan.
"Actuellement, personne ne parle de droit international. Tout est question d’intérêts nationaux. Personne ne parle de coopération. Nous ignorons quel nouvel ordre international verra le jour", a-t-il ajouté.
Erhan a également averti que la guerre russo-ukrainienne demeure une préoccupation majeure et que le conflit en cours impliquant les États-Unis, Israël et l'Iran pourrait s'aggraver.
Il a ajouté que les perturbations du commerce mondial et des chaînes d'approvisionnement constituent un risque croissant.
Erhan a souligné que la Türkiye accueillera prochainement un sommet de l'OTAN à Ankara, qui réunira les dirigeants des États membres de l'OTAN et d'autres partenaires internationaux.
"Lors de ce sommet, nous discuterons du renforcement de la défense de l'OTAN face aux nouveaux risques sécuritaires et de défense", a-t-il fait savoir.
"Ce qui se passe au Moyen-Orient ne reste pas confiné à cette région"
Kilic Bugra Kanat, directeur de recherche chez SETA à Washington, a déclaré que la Türkiye a l'expérience de la gestion de l'instabilité et des guerres civiles à ses frontières, mais a averti que les dernières attaques au Moyen-Orient pourraient déclencher une instabilité régionale plus large.
Il a indiqué que les dépenses de défense des pays du Moyen-Orient devraient augmenter même si les attaques cessent.
"Si le conflit se poursuit et qu'une guerre civile éclate en Iran, les conséquences seront importantes", a-t-il affirmé.
Kanat a fait état de l'importance de prévenir toute nouvelle escalade, faisant remarquer que les populations de la région sont épuisées après des années de conflit.
Il a ajouté que les récentes attaques ont déjà commencé à influencer les prix mondiaux de l'énergie et que leurs conséquences sociales, politiques et sécuritaires pourraient bientôt devenir plus visibles.
"Ce qui se passe au Moyen-Orient ne reste pas au Moyen-Orient. Nous l'avons constaté lors d'autres conflits en Syrie et en Irak", a-t-il dit.