Cisjordanie occupée: Israël retire à la municipalité d’Al Khalil son autorité sur la mosquée Ibrahim

Des responsables palestiniens estiment que cette décision viole le droit international et menace le statut historique et juridique de l’un des lieux les plus saints de l’islam.

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Une Palestinienne passe devant la mosquée d’Ibrahim, dans la ville d’Al Khalil (Hébron), en Cisjordanie occupée, le 7 juillet 2017 / Reuters

Israël a décidé de retirer à la municipalité d’Al Khalil (Hébron) son autorité sur la mosquée Ibrahim, en transférant les compétences en matière de planification et de construction à des instances israéliennes. 

Les Palestiniens jugent que cette décision est de nature à renforcer le contrôle israélien sur cette ville de Cisjordanie occupée et à préparer une modification permanente du statut de ce site historique.

Le ministère palestinien des Affaires étrangères et des Expatriés a condamné jeudi cette décision, qu’il a qualifiée de “grave escalade”, avertissant qu’elle constitue une violation directe du statu quo juridique et historique de la mosquée Ibrahim.

La mosquée Ibrahim est considérée comme un lieu saint par les musulmans, les juifs et les chrétiens, en tant que lieu de naissance du prophète Abraham.

Selon l’agence de presse WAFA, le ministère a déclaré que la révocation des prérogatives de la municipalité et du Waqf islamique s’inscrit dans un effort plus large visant à imposer un contrôle unilatéral sur l’esplanade.

Des responsables palestiniens ont également dénoncé l’approbation immédiate par Israël d’un projet de construction d’un toit couvrant la cour de la mosquée, qualifiant cette mesure d’illégale et contraire au droit international, aux résolutions de l’ONU et aux obligations d’Israël en tant que puissance occupante.

Le ministère a souligné que cette décision n’a rien à voir avec une quelconque réglementation ou un développement du site, mais qu’elle reflète au contraire une volonté délibérée d’ancrer l’occupation et de modifier de force le caractère de la mosquée Ibrahim. 

Il a averti que de telles actions menacent l’un des sites religieux et culturels les plus importants de la Palestine.

Contrôle renforcé

Rappelant une décision de l’UNESCO de 2017 qui a inscrit la vieille ville d’Al Khalil et la mosquée Ibrahim sur la liste du patrimoine mondial en péril sous le nom de l’État de Palestine, le ministère a affirmé que le droit international reconnaît la souveraineté palestinienne sur le site et le protège contre des mesures israéliennes unilatérales.

Le ministère palestinien des Affaires étrangères a qualifié la décision israélienne de juridiquement et historiquement nulle, s’engageant à engager des actions diplomatiques et juridiques auprès des institutions internationales afin de protéger la mosquée et de défendre les droits et le patrimoine palestiniens.

Israël a divisé la mosquée en 1994, attribuant 63 % de l’espace au culte juif et 37 % au culte musulman, à la suite d’un massacre perpétré par un colon illégal ayant coûté la vie à 29 fidèles palestiniens. La partie réservée au culte juif comprend la salle de l’appel à la prière musulmane.

Dans le cadre d’arrangements unilatéraux israéliens, la mosquée est totalement fermée aux musulmans dix jours par an lors de fêtes religieuses juives, et totalement fermée aux juifs lors de dix occasions islamiques. Toutefois, Israël n’a pas respecté l’accès complet des musulmans pendant leurs fêtes depuis le début de la guerre israélienne à Gaza en octobre 2023.