Expansionnisme des colons israéliens: à Ein al-Auja, le déplacement forcé transformé en “tourisme”
Des groupes de colons israéliens illégaux ont transformé la réserve naturelle d’Ein al-Auja en destination de “vacances”, à la suite du déplacement forcé de 120 familles palestiniennes ayant fui la zone dans la terreur.
La transformation de la réserve naturelle d’Ein al-Auja en destination phare pour le “tourisme” des colons illégaux illustre de manière frappante comment les vies et les biens des Palestiniens sont systématiquement accaparés en Cisjordanie occupée, selon un reportage de Haaretz.
Après la fuite forcée d’environ 120 familles palestiniennes en janvier dernier, la zone a été reconvertie en attraction de vacances, où des colons illégaux célèbrent ce qu’ils décrivent comme la “libération” des terres et des sources d’eau.
Le déplacement forcé de la communauté de Ras Ein al-Auja n’a pas été un départ volontaire, mais le résultat d’un harcèlement prolongé de la part de colons illégaux.
Pendant des mois, les familles ont été chassées de la source d’Auja — une ressource vitale pour leur bétail.
Une fois l’accès bloqué, les habitants ont été contraints de transporter de l’eau depuis des localités voisines, avant que des colons illégaux ne vident régulièrement ces réservoirs.
Ce climat d’intimidation a finalement contraint toute la communauté à fuir dans la terreur.
Les vestiges de leurs maisons abandonnées servent désormais de décor à des célébrations “de vacances”.
Des visiteurs observés dans la réserve pendant la Pâque juive glissaient sur des installations aquatiques recouvertes de slogans tels que “Nous sommes revenus aux citernes d’eau”, tandis que des soldats armés montaient la garde.
“Judaïsation” soutenue par l’État
La prise d’Ein al-Auja s’inscrit dans un effort plus large et largement financé visant à “judaïser” la région, avec le soutien explicite du gouvernement israélien actuel.
Selon Yoel Shilo, gestionnaire communautaire d’une colonie voisine, cette “énorme lutte publique” implique des investissements financiers importants de la Division des colonies et d’organismes tels que Jericho Tourism.
Ces efforts incluent la création de fermes de colons sur des terres appartenant à Auja, dotées d’équipements de sécurité et de véhicules fournis par le ministère des Colonies.
Cette expansion est, en outre, facilitée par une étroite coopération militaire, où des “bergers” colons opèrent avec le plein soutien de l’armée afin de maintenir un contrôle exclusif sur les zones de pâturage.
Le mouvement a également reçu des marques de reconnaissance institutionnelle, notamment une cérémonie à la Knesset honorant les “jeunes des collines” peu après la fuite de la communauté palestinienne de la zone C.
Justification de l’usage de la force
La réalité sur le terrain est passée d’un accès réglementé à une exclusion totale.
Les habitants de la ville voisine d’Auja indiquent que, s’ils pouvaient auparavant accéder au cours d’eau après des contrôles de l’armée israélienne, ils sont désormais immédiatement confrontés à des colons illégaux, suivis de l’arrivée de l’armée.
Comme l’a déclaré un jeune colon illégal en marchant vers l’oasis: “Toutes les zones de pâturage sont réservées aux Juifs. L’an dernier, ce n’était pas comme ça”.
Si certains, au sein du mouvement des colons, débattent de l’impact stratégique de la “violence des colons”, d’autres la justifient ouvertement.
Des messages du groupe WhatsApp “Hilltop News” reconnaissent que le déplacement forcé a été mené avec violence, en le comparant aux événements de 1948.
Ils rejettent les condamnations de leurs méthodes, affirmant que “les justes continueront d’agir” jusqu’à ce que la terre d’Israël revienne entre des mains juives.
Malgré les affirmations de l’armée israélienne selon lesquelles elle fait respecter la loi face à la violence, la présence de colons armés et d’infrastructures financées par l’État à Ein al-Auja suggère une intégration étroite entre l’agression des colons et la politique officielle.
Ce qui était autrefois une source de vie pour les Palestiniens a été effectivement “conquis”, transformant une scène de déplacement ethnique en destination festive de vacances.