Un grand festival littéraire australien, annulé après l’exclusion d’une autrice palestinienne
La décision a provoqué une onde de choc dans le monde culturel et relancé le débat sur la liberté d’expression dans le pays.
L’un des festivals littéraires les plus prestigieux d’Australie, Adelaide Writers’ Week, a été annulé après une controverse majeure liée à l’exclusion de l’autrice et militante australienne d’origine palestinienne Randa Abdel-Fattah.
Ce mardi, les organisateurs ont annoncé que l’événement ne pourrait plus se tenir, en raison d’une vague de désistements d’intervenants et de plusieurs démissions au sein du conseil d’administration.
Cette crise a été déclenchée par le retrait de Randa Abdel-Fattah de la programmation, décision qui a profondément divisé la communauté littéraire.
Dans un communiqué, le conseil du festival a expliqué avoir pris cette mesure par “respect pour la communauté juive” à la suite de la fusillade meurtrière de Bondi Beach, tout en reconnaissant que ce choix avait engendré “davantage de divisions”.
Des excuses et un malaise assumé
Le conseil a reconnu “la détresse profonde” causée par cette décision auprès du public, des artistes, des écrivains, des donateurs, des partenaires institutionnels, des autorités publiques et du personnel du festival.
Il a également présenté ses excuses à Randa Abdel-Fattah pour la manière dont son exclusion avait été justifiée.
Selon le communiqué, cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large de durcissement du débat national sur les limites de la liberté d’expression, après ce qui est qualifié comme “le pire attentat terroriste de l’histoire récente de l’Australie”.
Quelques heures avant l’annonce de l’annulation, Louise Adler, directrice du Adelaide Writers’ Week, avait publié une tribune révélant que l’exclusion de Randa Abdel-Fattah avait été décidée par le conseil d’administration contre son “opposition la plus ferme”.
Dans les colonnes de The Guardian, Adler a dénoncé une atteinte grave à la liberté d’expression, qualifiant cette décision de “signal alarmant annonçant une nation moins libre”.
Louise Adler accuse enfin des groupes de pression pro-israéliens d’employer des méthodes “de plus en plus extrêmes et répressives”, contribuant selon elle à instaurer un climat de censure et d’autocensure dans le débat public australien.
“Désormais, les responsables religieux seront surveillés, les universités contrôlées, le service public audiovisuel scruté et le secteur culturel progressivement asphyxié”, a-t-elle averti.
La semaine précédente, le conseil du festival avait justifié le retrait de l’invitation de Randa Abdel-Fattah en estimant que sa présence ne serait pas “culturellement appropriée” après la fusillade du 14 décembre sur la plage emblématique de Bondi Beach, à Sydney.
L’attaque, qui visait une célébration de Hanouka, a fait 15 morts. Les autorités ont indiqué que les deux assaillants étaient inspirés par le groupe terroriste Daech.
Accusations de racisme et mouvement de boycott
Randa Abdel-Fattah a vivement dénoncé une décision “ouvertement raciste et anti-palestinienne”, accusant les organisateurs de tenter de l’associer de manière “indécente et infondée” au massacre de Bondi.
L’affaire a déclenché un vaste mouvement de boycott. Lundi, l’ancienne Première ministre néo-zélandaise Jacinda Ardern a annoncé son retrait du festival. Elle a rejoint près de 180 écrivains et intellectuels, parmi lesquels l’ex-ministre grec des Finances Yanis Varoufakis et la romancière Zadie Smith.
À l’inverse, le Premier ministre de l’État d’Australie-Méridionale, Peter Malinauskas, plusieurs responsables politiques fédéraux ainsi que plusieurs organisations juives ont soutenu la révocation de l’invitation.
Les détracteurs de Randa Abdel-Fattah invoquent certaines de ses déclarations très critiques à l’égard d’Israël, notamment ses appels à la “décolonisation” et ses propos affirmant que les sionistes “n’ont aucun droit à une sécurité culturelle”.