Face aux velléités de puissance de Trump en Occident, Macron veut affirmer l'indépendance de Paris
Alors que Donald Trump affiche sa puissance dans le camp occidental, Emmanuel Macron tente d’affirmer l'indépendance de la France. Un pari plein de défis.
Le bras de fer feutré entre Emmanuel Macron et Donald Trump entamé depuis le début de l'année semble se prolonger avec l’offensive américano-israélienne contre l’Iran. L’enjeu pour Macron est l’affirmation de l’autonomie de la France face aux velléités impérialistes américaines de Trump.
Entre la volonté d’affirmer son indépendance et la réalité du rapport de force favorable à Trump, le président français semble souvent jouer les équilibristes. S’adressant aux Français le 3 mars, Emmanuel Macron a tenu une ligne double: désapprobation des frappes déclenchées par Israël et les États-Unis, rejet de la responsabilité première sur le régime iranien.
Même s’il a dénoncé l’illégalité des attaques contre l’Iran “faites en dehors de tout cadre international”, Emmanuel Macron s’est rangé du côté américain. Il estime en effet que l'Iran porte la "responsabilité première" du déclenchement de la guerre au Moyen-Orient. "Aucun bourreaune sera "regretté", a-t-il estimé, en référence aux hauts responsables iraniens tués, dont le Guide suprême Ali Khamenei.
Lundi, en Chypre du sud, comme pour se dissocier d’une opération militaire faite “en dehors de tout cadre international”, Macron a affirmé préparer une future mission internationale "purement défensive". Objectif: "rouvrir" le détroit d'Ormuz, et permettre la circulation de pétrole et de gaz, dans le cadre d'un important déploiement militaire français autour du conflit au Moyen-Orient.
Au-delà, "nous sommes en train de mettre en place" une "mission purement défensive, purement d'accompagnement" qui "a vocation à permettre, dès que cela sera possible, après la sortie de la phase la plus chaude du conflit", "l'escorte de porte-conteneurs et de tankers, pour rouvrir progressivement le détroit d'Ormuz", a souligné le chef de l'État français.
Groenland: la France sonne la révolte
Mais la volonté d'indépendance de la France vis-à-vis de son partenaire américain s’est davantage exprimée durant “la crise du Groenland”. Macron a lancé la révolte européenne face à la tentative américaine de s’emparer de ce territoire autonome danois.
"Face à un acte d'agression manifeste, je pense que nous ne devons ni céder, ni tenter de trouver un arrangement. Nous avons essayé cette stratégie pendant des mois. Cela ne fonctionne pas", avait déclaré Macron à plusieurs journaux, dont Le Monde et le Financial Times.
Face aux menaces de surtaxes douanières brandies par Trump contre une contestation européenne naissante, Macron avait suggéré à ses homologues européens l'activation de "l'instrument anticoercition" de l'UE.
En outre, le 27 janvier, en première ligne de la solidarité européenne envers le Groenland en proie aux convoitises américaines, il recevait à l'Élysée, la Première ministre du Danemark, Mette Frederiksen, et le Premier ministre du Groenland, Jens-Frederik Nielsen.
Le 6 février 2026, la France ouvrait un consulat à Nuuk, devenant le premier pays de l’UE à se doter d’un consulat général au Groenland.
Une opposition frontale du président français qui a refroidi les ardeurs de Donald Trump sur le Groenland, contrastant souvent avec un rapprochement des positions de Paris, Washington et Tel Aviv à Gaza. Il a fallu que la famine s’installe dans certaines localités de Gaza pour que l’Hexagone lève le ton.
Pour autant, Macron est encore loin d’avoir hissé les relations à leur niveau de tension avec les États-Unis sous Jacques Chirac. Le 14 février 2003, dans l'hémicycle du Conseil de sécurité de l’ONU, la voix du ministre des Affaires étrangères français, Dominique de Villepin, avait dénoncé avec force la guerre américaine contre l’Irak. Paris avait même menacé de faire usage de son veto.
“Dans ce temple des Nations unies, nous sommes les gardiens d’un idéal, les gardiens d’une conscience. La lourde responsabilité et l’immense honneur qui sont les nôtres doivent nous conduire à donner la priorité au désarmement dans la paix”, avait déclaré Dominique de Villepin.
“(...) Il y a une alternative à la guerre: désarmer l’Irak par les inspections. C’est un vieux pays, la France d’un vieux continent comme le mien: l’Europe (...) qui a connu les guerres, l’occupation, la barbarie (...). Un pays qui n’oublie pas et qui sait ce qu’il doit aux combattants de la liberté venus d'Amérique et d’ailleurs”, avait argumenté Dominique de Villepin, sous un tonnerre d’applaudissements d’une salle conquise.
Peut-être faudra-t-il plus d'audace à Emmanuel Macron pour arracher le respect de Trump. Sur ce point précis, l’Espagne, membre de l’OTAN, pays sans arme nucléaire non-membre du Conseil de sécurité, a refusé l’usage des bases militaires installées sur son territoire pour attaquer l’Iran. Les menaces et complaintes américaines n’y ont rien changé.
“Face à l’impérialisme trumpiste, l’Espagne est bien plus digne et solide que la France, désormais tout petit pays qui s’écrase et trahit ses valeurs”, à réagi sur son compte X le député LFI Aymeric Caron.
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