Nestlé devant la justice française pour pollution plastique

Nestlé Waters, la filiale eaux minérales du conglomérat suisse Nestlé, est jugée à partir de ce lundi pour avoir jeté dans des décharges sauvages près de Vittel et Contrexéville, dans l'est de la France, des montagnes de plastique.

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Nestlé Waters poursuivi devant la justice française pour avoir jeté dans la nature ses bouteilles plastiques / AFP

Il y a eu l’affaire des puits de forage non-autorisés, la présence de matière fécale dans les bouteilles d’eau minérale et désormais,Nestlé est poursuivie pour pollution plastique à grande échelle. 

La société Nestlé Waters est devant le tribunal correctionnel de Nancy (est) pour avoir, autour de ses décharges, "laissé s'écouler dans les eaux superficielles et souterraines" des "particules de microplastiques" à des concentrations "rendant toute vie aquatique impossible et ayant des effets nuisibles sur la santé, la flore et la faune". 

En d’autres termes, Nestlé a jeté dans des décharges sauvages des tonnes de bouteilles plastiques qui, au fil du temp,s se sont décomposées et cassées. L’affaire a été découverte en 2008 et il a fallu tout ce temps pour amener devant la justice le géant de l’agroalimentaire.

Recensées dans les communes de Contrexéville, They-sous-Montfort, Saint-Ouen-lès-Parey et Crainvilliers, dans les Vosges, les substances controversées représentent l'équivalent de 126 piscines olympiques. Un volume cumulé qui "donne le vertige", selon l'association France nature environnement (FNE).

Avec les autres parties civiles, FNE attend de ce procès la reconnaissance de la responsabilité de Nestlé, ainsi que des décisions sur "le devenir de ces décharges face aux risques pour l'environnement et la santé" des riverains.

Des immeubles de déchets

L'enquête, menée par le pôle régional "environnement" du parquet de Nancy, a permis de retrouver des déchets sous forme de "bouteilles d'eau, de verre, de polymères", mais aussi des "déchets de démolition" et des "carcasses de véhicule, encombrants", ou encore des "capsules en plastiques".

Les décharges datent des années 1960, lorsque la Société générale des eaux minérales de Vittel a remplacé les bouteilles en verre par celles en plastique. Ce nouveau procédé de fabrication a induit nombre d'erreurs, et toutes les bouteilles non conformes étaient jetées à proximité des sites.

Nestlé, qui n'a racheté la société et les terrains qu'en 1992, s'est "toujours engagé à traiter" les décharges "de manière responsable", rappelle l'industriel à l'AFP.

Les poursuites judiciaires concernent une dizaine de sites dans des petites communes proches des usines où le géant suisse embouteille ses eaux de Vittel, Contrex et Hépar. 

Sept d'entre eux "ont déjà été nettoyés" et pour les trois autres, "plusieurs années d'études et de suivis environnementaux approfondis ont été nécessaires", selon l'entreprise qui assure que des solutions sont en cours avec les autorités concernées pour nettoyer les sites car la décontamination est compliquée..

Sur les sites restants à dépolluer, des montagnes de déchets sont encore cachées par la végétation, ainsi à They-sous-Montfort une analyse d'ingénieurs versée au dossier relève la présence homogène sur l'ensemble du site de traces métalliques", d'hydrocarbures ou d'amiante et des déchets stockés sur une hauteur oscillant entre 10 et 25 mètres, soit un immeuble de 6 étages, selon un document de l'enquête dont l'AFP a eu connaissance.

Les eaux très polluées

Ce même document confirme la pollution des eaux qui rend toute vie aquatique impossible et a des effets nuisibles sur la santé, la flore et la faune par leur toxicité. À Contrexéville, la hauteur des déchets accumulés varie de 10 à 15 mètres, soit "des immeubles de 3 à 5 étages sous terre", selon le même document.

Selon les lieux de prélèvement, l'Office français de la biodiversité (OFB) a conclu que le taux de microplastiques dans l'eau était "jusqu'à 30 millions de fois supérieur" à celui relevé dans le fleuve qui traverse Paris, la Seine, alors qu’ici, on parle d’une zone rurale dans les Vosges.

Selon les ingénieurs, il est "incontestable que les matières trouvées sont liées à la décharge de plastiques", car "aucune autre source susceptible de produire des microplastiques n'a été recensée" dans un périmètre proche.

Face à cette "bombe à retardement de pollution", FNE regrette que "l'Etat ne semble pas avoir pris la mesure de la dangerosité de ces décharges".

Nestlé Waters, de son côté, dit avoir fait appel à trois laboratoires spécialisés qui ont tous conclu "à l'absence de pollution microplastique dans l'eau des forages" vosgiens.

Le procès doit se tenir jusqu'à vendredi.