Quand la Zambie mise sur le yuan pour contourner le règne du dollar
La Zambie a pour la première fois autorisé des entreprises chinoises à régler leur taxe en yuan, ouvrant une brèche à la domination du dollar dans ses échanges commerciaux.
Depuis décembre dernier, certaines entreprises minières chinoises domiciliées en Zambie peuvent déjà payer leurs impôts et redevances en Yuan. Une grande première qui suscite des interrogations, alors que Pékin occupe une place de plus en plus dominante dans l'économie zambienne, grâce à des investissements massifs dans le secteur minier lié au contrôle des terres rares.
En 26 ans, 600 entreprises minières zambiennes ont investi 3,5 milliards de dollars dans la ceinture du cuivre, rapporte le média spécialisé Mining business africa.
Elles promettent par ailleurs un investissement supplémentaire de 5 milliards de dollars dans les cinq années à venir. Objectif: permettre à la Zambie d’atteindre son objectif de 3 millions de tonnes de cuivre par an, précise le Centre d'études stratégique pour l’Afrique, un think thank américain créé et financé par le Congrès.
D'emblée, il convient d'écarter toute logique idéologique liée à la dédollarisation de l'économie zambienne, explique à TRT Français Idriss Linge, analyste économique et directeur de la rédaction d’Ecofin, un média spécialisé dans l'économie africaine.
“La Zambie a traversé un défaut de paiement et des restructurations de dette complexes. Le dollar étant devenu rare et cher sur les marchés internationaux ces dernières années, s'appuyer sur la monnaie de son principal partenaire commercial (la Chine achète la quasi-totalité du cuivre zambien, Ndlr) est un choix de survie économique”, souligne Linge.
“L'idéologie de la "souveraineté" vient en second plan pour justifier politiquement ce qui est, au fond, une optimisation de trésorerie d'État”, ajoute-t-il.
Opportunisme ou réalisme économique ? L'opération bénéficie visiblement aux deux partenaires économiques.
Pour la Zambie, explique l’analyste, il s’agit d’une “stratégie de constitution de réserves directes. La Zambie doit rembourser une dette colossale à la Chine (évaluée à plus de 6 milliards de dollars). En encaissant des Yuans, la Banque centrale zambienne évite les frais de conversion "Kwacha → Dollar → Yuan".
La Chine, de son côté, tire un double avantage de cette opération. “Outre le rapatriement de la valeur de ses investissements miniers, elle contourne le système financier américain”, fait remarquer le journaliste spécialisé.
Pour autant, il est encore tôt pour parler de la dédollarisation de l'économie Zambienne. Environ 73% des paiements fiscaux se font encore en dollars, 25% en kwacha et 2% en yuan, d'après les explications du ministre des Finances Situmbeko Musokotwane cité par la presse zambienne.
Ce n'est pas encore un effondrement du dollar, tempère l’analyste économique, “car celui-ci reste la référence pour 60% des revenus miniers zambiens. Cependant, c'est une étape de la "désalinisation" du commerce mondial. En créant un circuit fermé (Exportation de cuivre, Paiement en Yuan, Taxes en Yuan, puis Remboursement de dette en Yuan)”.
Une brèche
A l’observation, cette opération de paiement des taxes en yuan ressemble à une brèche symbolique et opérationnelle. “La Zambie et la Chine prouvent qu'on peut faire fonctionner une économie nationale sans passer par la chambre de compensation de New York”, relève Linge. L’exemple de la Zambie pourrait ainsi servir de test à de nombreux pays africains, sachant que la Chine est souvent le premier ou le partenaire majeur de nombreux pays du continent.
Sur les 20 pays les plus endettés envers la Chine, 11 sont africains, car le pays soutient la région dans ses besoins de développement, notamment en matière d'infrastructures, rapporte l’agence Anadolu sur la base des données de la Banque mondiale.
Ainsi, la dette de l'Angola envers la Chine s'élevait à 17,8 milliards de dollars, suivie de celle de l'Éthiopie (6,5 milliards), de l'Égypte (6,3 milliards), de la Zambie et du Kenya (6 milliards chacun), de l'Afrique du Sud et du Cameroun (3,5 milliards chacun), de la République du Congo (3,2 milliards) et de la République démocratique du Congo (2,9 milliards).
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