Luc Ferry affirme que le droit international vaut "entre nations respectables" et provoque un tollé
L’ancien ministre français Luc Ferry a estimé que le droit international ne s’appliquait qu’entre États "démocratiques et raisonnables" et serait inopérant face à des "voyous criminels" provoquant une vive polémique.
Cette semaine, Luc Ferry, philosophe et ancien ministre de l’Éducation nationale, a tenu des propos controversés lors d’une intervention sur LCI, à un moment d’escalade militaire au Moyen-Orient marquée par des frappes contre l’Iran.
Interrogé sur l’usage du droit international pour juguler ces actions, il a déclaré que "le droit international, c’est formidable entre nations respectables", précisant qu’il entendait par là un cadre utile entre États "démocratiques et raisonnables". À l’inverse, selon lui, recourir au droit face à "des voyous criminels" serait "non seulement une plaisanterie, mais une absurdité".
Il a ajouté que l’évoquer à propos de l’Iran traduirait "une méconnaissance complète de ce qu’est vraiment le droit international" et, souvent, "la haine d’Israël".
Vague de réactions
Ces formules ont immédiatement suscité une vague de réactions.
Plusieurs universitaires, juristes et commentateurs ont dénoncé une vision sélective et dangereuse du droit international, rappelant que son fondement est précisément l’universalité énoncée par la Charte des Nations unies et les Conventions de Genève. Pour ses détracteurs, laisser aux puissances le soin de décider qui est "respectable" reviendrait à transformer le droit en privilège des plus forts.
Le politologue Rachid Benzine, citant le juriste Hans Kelsen, a réagi dans une tribune au Nouvel Observateur: "Si le droit ne s’applique qu’aux respectables, ce n’est plus du droit, c’est du privilège." D’autres commentateurs estiment que la dichotomie proposée par Ferry renvoie à une vision archaïque et potentiellement dangereuse dans un monde multipolaire où la qualification d’"État respectable" n’est jamais universelle.
Plusieurs voix ont aussi critiqué la manière dont Luc Ferry assimile souvent la critique d’Israël à de la haine envers ce pays, ce qui, selon eux, aboutit à disqualifier automatiquement les débats légitimes et à diluer la notion réelle d’antisémitisme.
Sur les réseaux sociaux, certains internautes ont rapproché ses propos des discours colonialistes du XIXe siècle.
Le politologue François Burgat a rappelé la déclaration de Jules Ferry en 1885 sur la prétendue mission civilisatrice, pointant le danger d’une logique qui instituerait une hiérarchie implicite entre États et remettrait en cause l’universalité des normes internationales.
Il a rappelé, dans un commentaire relayé en ligne, la célèbre déclaration de Jules Ferry à la Chambre des députés le 28 juillet 1885, “Il faut dire ouvertement qu’en effet les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures… Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures…”