Des négociations fragiles entre Beyrouth et Tel-Aviv s’ouvrent aux États-Unis
Malgré des attentes faibles et une opposition du Hezbollah, des responsables libanais et israéliens entament à Washington des discussions directes inédites depuis des décennies, sous médiation américaine.
Des représentants libanais et israélien se retrouvent, ce mardi, à Washington, sous médiation du chef de la diplomatie américaine Marco Rubio, pour des pourparlers directs préliminaires de paix.
Avant même la rencontre, le chef du Hezbollah, Naim Qassem, a réclamé, lundi, son "annulation", affirmant que de tels pourparlers étaient une "capitulation".
Depuis que le Liban a été entraîné le 2 mars dernier dans le conflit régional avec l'Iran, les frappes israéliennes ont fait plus de 2.000 morts -- dont les frappes meurtrières sans précédent du 8 avril -- et déplacé plus d'un million de personnes, malgré les appels de la communauté internationale à un cessez-le-feu.
L'armée israélienne a annoncé, ce mardi même, la mort d'un nouveau soldat "au combat" dans le sud du Liban, le treizième depuis le début de la guerre au Moyen-Orient.
La rencontre au département d'Etat doit se dérouler en fin de matinée sous les auspices de Marco Rubio, aux côtés des ambassadeurs israélien et libanais à Washington, Yechiel Leiter et Nada Hamadeh Moawad, ainsi que l'ambassadeur des États-Unis au Liban, Michel Issa.
"En conséquence directe des agissements irresponsables du Hezbollah, les gouvernements israélien et libanais ont entamé des pourparlers diplomatiques ouverts, directs et de haut niveau – les premiers du genre depuis 1993, sous l'égide des Etats-Unis", a déclaré un responsable du département d'Etat sous couvert d'anonymat.
Selon lui, ces négociations "visent à garantir la sécurité à long terme de la frontière nord d'Israël et à soutenir la détermination du gouvernement libanais à rétablir sa pleine souveraineté sur son territoire et sa vie politique".
Samedi, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu avait dit accepter ces pourparlers directs sous deux conditions: le "désarmement du Hezbollah" et la recherche d'un "véritable accord de paix qui tiendra pour des générations".
Côté libanais, le président Joseph Aoun a déclaré, lundi, qu'il "espérait qu'un accord serait conclu sur un cessez-le-feu au Liban, dans le but d'entamer des négociations directes entre le Liban et Israël", qui sont en état de guerre depuis des décennies.
"Faibles attentes"
A Washington, ces dernières semaines, les frappes israéliennes au Liban ont embarrassé la diplomatie américaine. Elle craignait de voir ces attaques faire dérailler les pourparlers entamés avec l'Iran à Islamabad, qui se sont finalement conclus dimanche sur un échec.
L'administration Trump insiste sur le désarmement du Hezbollah, regrettant que l'armée libanaise n'ait pas su ou pu le faire jusqu'à présent.
Mais Washington est entre deux feux, exigeant d'une part le respect de l'intégrité territoriale du Liban tout en défendant Israël.
Il va falloir "beaucoup d'imagination et d'optimisme pour penser" que le différend entre Israël et le Liban "puisse être résolu demain à Washington", a confié un ancien responsable israélien de la Défense à des journalistes, ajoutant que "les attentes sont faibles".
"Il sera très difficile de parvenir à un accord, et Israël va créer une zone tampon dans le nord, très similaire à celle que nous avons à Gaza", a-t-il dit sous couvert d'anonymat.