En Belgique, la gauche appelle à une autre stratégie de défense non-impérialiste

Des élus belges de gauche ont déposé le 22 janvier une proposition de loi pour abandonner l’achat de nouveaux avions de chasse F-35 américains. Le PTB estime que la stratégie de défense européenne doit être revue au regard de la politique américaine.

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Une base américaine à Porto Rico / Reuters

Le secrétaire général de l'Alliance atlantique (OTAN), Mark Rutte, a affirmé lundi 26 janvier qu'il était illusoire de penser que les Européens pouvaient se défendre seuls, sans l'appui des États-Unis, première puissance militaire mondiale.

Mais plusieurs pays européens rêvent de s'affranchir de la tutelle américaine en matière de défense. C’est dans ce contexte que le PTB (le parti du travail de Belgique) fait entendre sa voix. Pour ce parti de gauche, il faut se poser la question du bien fondé de la stratégie de réarmement dans laquelle s’est lancée l’Union européenne.
En mars 2025, l’UE a acté un plan de réarmement avec une enveloppe de 800 milliards d’euros sur 5 ans.


Nabil Boukili, député fédéral belge ne mache pas ses mots: “On est un peu vassalisés vis-à-vis des États-Unis. Et c'est de cette vassalisation-là qu'il faut sortir et voir quel est l'intérêt de l'Europe, de s'ouvrir sur le reste du monde, de chercher d'autres connexions avec des pays émergents, avec les pays du Sud, avec les pays d'Afrique, d'Amérique latine, d'Asie, et trouver de nouvelles coopérations basées sur des accords d'égal à égal avec le principe de sécurité collective. (...) Maintenant, ce n'est plus seulement le Moyen-Orient ou l'Amérique latine, même les Européens sont menacés par l'impérialisme américain. Donc il est temps de se réveiller”.


Se réveiller sans remplacer la logique du plus fort américaine par la logique du plus fort européenne, insiste Nabil Boukili auprès de TRT Français:  “Qui veut la paix prépare la paix et donc la question, c’est comment aujourd'hui mettre autour de la table les différents pays européens et dans un deuxième temps d'autres forces au niveau international qui sont aussi victimes de l'impérialisme américain, pour des accords qui vont répondre aux intérêts de chacun.”

Le député puise dans l’histoire post-seconde guerre mondiale pour soutenir son discours. Il envisage de nouvelles alliances militaires ou des accords de sécurité collective sur le modèle des accords d’Helsinki signés 1975 qui ont mis à terme à la course à l’armement de la guerre froide.

Une Europe réarmée mais dépendante des Etats-Unis


Le compas européen est fixé sur l’augmentation des budgets militaires et certains comme la France évoque régulièrement l’idée d’une défense européenne. 

En déplacement à Paris, la première ministre du Danemark, Mette Frederiksen admettait mercredi 28 janvier qu’“il serait très difficile pour l'Europe de se défendre aujourd'hui sans les États-Unis mais que l’Europe est en mesure de faire plus d'efforts de défense que ceux qui ont été annoncés jusqu'ici”.



Pour le Parti du travail de Belgique, parler de défense européenne signifie passer par des achats non-européens.
En 2018, le gouvernement Michel a fait le choix de l’avion de chasse F-35 pour remplacer les F-16. Il a alors décidé d'en acheter 34. Le gouvernement actuel souhaite en acquérir 11 de plus. 

Nabil Boukili assure que la question préoccupe la population belge et existe dans tous les partis de l’arène politique belge. “Un des députés les plus importants qui était ministre, Denis Ducarme du Mouvement réformateur, a déclaré la semaine passée qu'il faut peut-être faire un gel sur l'achat des F-35. Donc on voit qu'il y a, dans ces mêmes partis de la majorité, des dissonances. Au niveau de la population, on commence à voir de plus en plus l'absurdité de cet achat notamment vis-à-vis de la dépendance de l'impérialisme américain, mais aussi le coût et l'impact que ça a sur les politiques sociales“, explique-t-il.

Le PTB met également en avant la cherté du F-35 alors que des politiques d’austérité sont imposées aux populations européennes. Selon les élus de gauche, le coût de la transaction, qui est estimé à 1,67 milliard d’euros, pourrait permettre à la place de construire 40 écoles primaires, créer 10 000 places de crèches ou encore de construire un nouvel hôpital moderne.

 “On attaque les salaires, on attaque le pouvoir d'achat des travailleurs pour investir dans des armes offensives (...). Ce sont des avions qui nous rendent encore plus dépendants des États-Unis, puisque les États-Unis doivent fournir les logiciels, les mises à jour, les pièces détachées, et ainsi de suite”.

D’autres pays ont également remis en question l’achat de F-35 en 2025 comme la Suisse, le Canada ou l’Allemagne. Si Berne a finalement signé un contrat avec le fabricant américain Lockheed Martin pour l'achat de huit avions de combat, selon Armasuisse, les deux autres contrats prévus sont toujours en discussion.
L’Allemagne a finalement annoncé à l’automne la commande de 15 avions de chasse F-35. L'Espagne et le Portugal ont, eux, renoncé à les acquérir.