France: Macron inaugure un Salon de l'agriculture sans vaches et sans syndicats contestataires

Le Salon de l'agriculture a été inauguré ce samedi matin à Paris par Emmanuel Macron, sans vaches et sans la Confédération paysanne ni la Coordination rurale, qui boycottent ce rendez-vous entre le président et les principaux syndicats agricoles.

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"C'est un moment où tout le monde doit être derrière la ferme française" a déclaré Macron / AP

"Je verrai ensuite avec la ministre, en bilatéral, chacun des syndicats qui le souhaite", a déclaré quelques minutes avant l'inauguration le chef de l'Etat. "C'est un moment où tout le monde doit être derrière la ferme française, pas un moment de division."

Les intentions de la Coordination rurale (CR), deuxième syndicat agricole marqué à droite voire à l'extrême droite et adepte des actions coup de poing, inquiètent et le chef de l'Etat était accompagné d'un important dispositif policier. Mais aucun "bonnet jaune", emblème des membres de la CR, n'était visible autour de lui au moment de l'inauguration.

Samedi matin, son président Bertrand Venteau s'est dit ouvert à un rendez-vous commun avec "tous les syndicats (...) il y a la période de la guerre syndicale et la période où on doit construire", une déclaration plus apaisée que les appels à la mobilisation "massive" de ses adhérents lancés vendredi.

"On boycottera l'ensemble des rendez-vous avec le président de la République", a annoncé de son côté Thomas Gibert, porte-parole de la Confédération paysanne, troisième syndicat agricole.

"On n'a pas envie de le sauver de cette situation de crise dont il est clairement responsable avec l'ensemble du gouvernement", a-t-il ajouté.

"Pas une vitrine"

La CR et la Confédération paysanne auront chacun un stand mais affirment ne pas vouloir faire du salon une "vitrine" qui cacherait les difficultés rencontrées sur le terrain par les agriculteurs, dénonçant la "cogestion" entre la puissante alliance FNSEA-JA et le gouvernement sur les politiques agricoles.

La FNSEA, premier syndicat agricole français, et Jeunes Agriculteurs (JA), qui ont vu leur hégémonie chahutée par l'ascension de la CR aux dernières élections professionnelles, ont, eux, accepté le rendez-vous matinal avec Emmanuel Macron même s'ils ont renoncé à obtenir de lui une "vision" pour l'agriculture, à un peu plus d'un an de l'élection présidentielle.

Ils espèrent toutefois que le chef de l'Etat pèsera d'ici là dans les négociations sur le budget de la politique agricole commune (PAC) post-2027, après avoir obtenu environ 9 milliards d'euros par an pour l'agriculture française sur la précédente PAC (2023-2027).

Depuis dix ans, le nombre d'agriculteurs n'a cessé de baisser en France et les crises se sont accumulées. 

"Le revenu agricole moyen a stagné, alors que chez un grand nombre de voisins européens il a augmenté", note l'agronome et sociologue Pierre-Marie Aubert. "Dans le reste de l'économie française, le revenu moyen a continué à augmenter. Dès lors, le sentiment de déclassement domine, et c'est un sentiment fort", relève encore le chercheur de l'Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri).

En octobre 2017, Emmanuel Macron, qui entamait son premier mandat, avait tenu un grand discours à Rungis, le "plus grand marché de produits frais au monde", en région parisienne. Il avait alors prôné la "montée en gamme" de l'agriculture, un modèle qui s'est depuis heurté à l'inflation qui a suivi l’offensive russe en Ukraine mais aussi aux conséquences économiques des aléas géopolitiques et climatiques.

Pas de bras, pas de vaches

Trois hivers de suite, les agriculteurs français ont sorti les tracteurs des hangars pour aller manifester dans les villes ou bloquer des autoroutes. En 2024 pour demander du revenu, de la considération et un avenir ; en 2025 pour demander la concrétisation des promesses, repoussées par l'instabilité gouvernementale.

En 2026, c'est la gestion de la dermatose bovine dans le Sud-Ouest qui a fait déborder le vase, s'ajoutant aux inquiétudes sur l'accord de libre-échange UE-Mercosur, une balance commerciale agroalimentaire au bord du déficit et des aléas climatiques toujours plus intenses...

"Par les choix sanitaires défendus par le gouvernement, on peut se féliciter d'être en train de gagner durablement le combat contre la dermatose", a déclaré Emmanuel Macron ce samedi même. Aucun nouveau foyer ne s'est déclaré depuis le 2 janvier et des restrictions ont été levées dans le Sud-Ouest vendredi.

Mais les éleveurs n'ont pas pour autant révisé leur décision de ne pas amener de bovins au salon et la CR et la Confédération paysanne continuent de contester la politique d'abattage total des troupeaux infectés.

Les tempêtes et les crues qui ont submergé de nombreuses cultures ces derniers jours ont assombri encore plus les esprits des agriculteurs, dont beaucoup n'ont pas la tête à la fête.