Assassinat de Lumumba: un ex-diplomate belge renvoyé en procès
Étienne Davignon est soupçonné pour son rôle présumé dans les décisions ayant conduit au transfert et à la mort du premier chef du gouvernement congolais indépendant.
La chambre d'instruction de Bruxelles a rendu à huis clos la décision de renvoi, susceptible d'appel, a confirmé le parquet fédéral. L'annonce avait été faite auparavant par l'avocat des descendants de Lumumba, Me Christophe Marchand. Selon ce dernier, un procès pourrait se tenir "au plus tôt en janvier" 2027.
Jamais jusqu'à présent une juridiction pénale n'avait examiné la responsabilité éventuelle d'agents belges dans cette affaire, qui demeure l'une des pages les plus sombres des relations entre la Belgique et son ancienne colonie. Me Marchand a salué la décision comme "une excellente nouvelle", tandis que Mehdi Lumumba, petit-fils du dirigeant, s'est déclaré soulagé que la Belgique "regarde son histoire en face".
Patrice Lumumba, renversé par un coup d'État en septembre 1960, avait été transféré dans la province sécessionniste du Katanga puis exécuté le 17 janvier 1961 par des séparatistes soutenus par des mercenaires belges. Il avait 35 ans ; son corps avait été dissous dans l'acide, selon les récits historiques.
Parmi la dizaine de fonctionnaires, policiers ou agents de renseignement visés par une plainte déposée en 2011 par les enfants et petits-enfants de Lumumba, seul Étienne Davignon est encore en vie. Diplomate stagiaire au moment des faits, il a ensuite mené une longue carrière dans les affaires et la politique, notamment comme commissaire européen dans les années 1980. Il conteste les faits qui lui sont reprochés.
Le parquet fédéral, dans sa requête de 2025, a retenu le chef de "participation à des crimes de guerre" pour son implication présumée dans la détention et le transfert illicites de Lumumba, ainsi que des "traitements humiliants et dégradants" infligés à la victime. Les avocats des descendants estiment que Davignon a été "un maillon" d'une "funeste entreprise criminelle étatique" belge.
La défense d'Étienne Davignon, Me Johan Verbist, avait plaidé le non-respect du "délai raisonnable" et contesté la qualification de crime de guerre lors des plaidoiries devant la chambre du conseil en janvier. La décision d'aujourd'hui pourra faire l'objet d'un appel.
En 2022, la Belgique avait restitué à la République démocratique du Congo une dent de Lumumba, retrouvée chez la fille d'un policier belge impliqué dans la disparition du corps. Lors de la cérémonie officielle, l'exécutif belge avait renouvelé ses "excuses" pour sa "responsabilité morale" dans cette affaire, reconnaissant que des responsables de l'époque "ont choisi de ne pas voir, de ne pas agir".