Iran: le silence intrigant de JD Vance révèle le malaise au sein du camp MAGA
À la différence des va-t-en guerre comme Rubio ou Hegseth, JD Vance semble par son mutisme désapprouver la guerre contre l’Iran, au même titre que le démissionnaire du renseignement, Joe Kent, qui dénonçait “une guerre pour Israël”.
Trois semaines après le déclenchement de la guerre israélo-américaine contre l’Iran, le vice-président de Donald Trump, JD Vance, reste étonnamment discret.
Alors que Donald Trump multiplie les déclarations martiales et que la Maison Blanche communique sans relâche sur les “succès” de l’opération, l’ancien sénateur de l’Ohio, figure emblématique de l’aile isolationniste du Parti républicain, adopte un profil bas qui intrigue observateurs et base MAGA.
Le 28 février dernier, les États-Unis et Israël ont lancé une campagne de bombardements massifs contre l’Iran, ses installations publiques, énergétiques, militaires et son commandement.
Le Guide suprême Ali Khamenei et plusieurs généraux des Gardiens de la Révolution ont été tués, et le programme nucléaire iranien a été sévèrement endommagé selon les déclarations provenant de Washington.
Téhéran a riposté par des attaques de drones et de missiles à la fois dans le Golfe et sur Israël. Le conflit, qui était qualifié de “guerre limitée” par l’administration Trump, entre dans sa quatrième semaine sans perspective de cessez-le-feu immédiat.
Dans ce contexte, JD Vance brille par son silence. Sur son compte X, aucune publication personnelle n’a été consacrée au sujet depuis le 5 mars.
Seuls quelques retweets de communiqués officiels de la Maison Blanche, dont une photo de lui dans la Situation Room le soir des premières frappes, viennent ponctuer un silence surprenant.
Contrastant avec l’enthousiasme affiché par le secrétaire d’État Marco Rubio ou la porte-parole Karoline Leavitt, Vance se contente de formules minimalistes lors de ses rares interventions publiques.
“Personne n’aime la guerre”
Ce malaise s’inscrit dans une montée de mécontentement visible au sein de la base MAGA, où une partie croissante accuse Israël d’entraîner les États-Unis dans une guerre qui ne sert pas prioritairement les intérêts américains.
Le cas le plus emblématique est la démission récente de Joe Kent, ancien haut responsable du renseignement et figure respectée de l’aile “America First”.
Kent a quitté l’administration en dénonçant ouvertement une opération qu’il qualifie de “guerre par procuration” pour Tel Aviv.
Dans un message largement relayé sur X, il a déclaré que “l’Amérique ne doit pas mourir pour les guerres d’Israël” et que les frappes risquent de transformer une action préventive en un engagement illimité qui détourne les ressources de la frontière sud et de la confrontation avec la Chine.
Sa démission a provoqué une onde de choc parmi les isolationnistes, avec des milliers de commentaires sur les réseaux MAGA reprenant le slogan : “Pas de sang américain pour Israël”.
Interrogé directement sur cette affaire lors d’un événement de campagne à Auburn Hills dans le Michigan, JD Vance a tenté d’apaiser les tensions tout en maintenant la ligne officielle: “Personne n’aime la guerre, et je peux vous garantir que le président des États-Unis n’a aucun intérêt à nous entraîner dans des bourbiers de longue durée comme ceux que nous avons connus par le passé”.
Des mots prudents, presque réticents, qui tranchent avec le vocabulaire triomphaliste du reste de l’administration.
Mais cette prudence n’est pas une surprise pour ceux qui suivent la trajectoire de JD Vance.
Ancien critique virulent des “guerres sans fin” au Moyen-Orient, l’auteur de Hillbilly Elegy avait, pendant la campagne de 2024, dénoncé l’interventionnisme néoconservateur et plaidé pour un recentrage sur les intérêts américains.
“Nous ne devons plus être le gendarme du monde”, martelait-il encore en 2023.
Selon des sources proches de la Maison Blanche citées par Politico et le New York Times, Vance s’était montré ouvertement sceptique lors des délibérations internes précédant les frappes contre l’Iran.
Aujourd’hui, Vance défend publiquement la décision présidentielle, fidèle à la discipline de l’administration, mais son ton reste mesuré.
Il insiste systématiquement sur le caractère “limité” et “préventif” de l’intervention, évitant soigneusement tout lyrisme patriotique ou appel à la “victoire totale”.
Un calcul politique ?
Cependant pour de nombreux analystes, ce silence n’est pas seulement une question de conviction personnelle, mais également un positionnement stratégique.
À 41 ans, JD Vance est déjà considéré comme le grand favori pour l’investiture républicaine de 2028.
S’associer trop étroitement à une guerre qui divise la base “America First”, les sondages montrant une opposition majoritaire à une nouvelle aventure au Moyen-Orient, pourrait lui coûter cher.
Sur les réseaux sociaux, des figures influentes de la base “America First”, comme Nick Fuentes ou Tucker Carlson, louent cette prudence et y voient une preuve de division interne au sein de l’administration Trump.
La guerre en Iran reste, pour lui, une parenthèse qu’il semble vouloir refermer le plus rapidement possible.