États-Unis-Europe: la fin de l’Atlantisme ?

Le retour de Trump à la tête des États-Unis a scellé la fin de cette alliance entre l’Europe et l’Amérique au lendemain de la seconde guerre mondiale, elle remet aussi en question l’OTAN, organisation qui assure la sécurité du continent.

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Donald Trump se rend en personne au Forum économique de Davos cette année, son discours est attendu avec crainte (ici en visio en 2025) / AA

Beaucoup d’observateurs alertent depuis des mois sur la fin de l’Atlantisme avec le retour à la tête des Etats-Unis de Donald Trump. Cette relation d’alliés privilégiés entre les États-Unis et le continent européen est en effet malmenée depuis une année.

À tel point qu’Emmanuel Macron a affirmé mardi 20 janvier préférer “le respect plutôt que les brutes, l’état de droit plutôt que la brutalité” lors de son discours au Forum économique mondial de Davos qui sonnait comme une réponse à la diplomatie de Donald Trump.

Sylvain Kahn, professeur agrégé au centre d’histoire de Sciences Po et docteur en géographie, auteur de “L'atlantisme est mort ? Vive l’Europe!”, explique dans une interview au média Conférence de Sciences po que “l’administration américaine trumpiste ne considère plus qu’il existe une communauté de valeurs et d’intérêts euro-atlantique.”

Certains acteurs parlent de “crise majeure” de la relation transatlantique, comme il y en a eu sous Nixon, ou sous Bush au moment de l’invasion de l’Irak. Sylvain Kahn est plus pessimiste: “ à la différence de Trump, ni Nixon ni Bush n’ont remis en cause la communauté de valeurs et d’intérêts. Il s’agit donc ici d’une rupture de nature, pas seulement de degré.”

Cette prise de distance s’est aussi traduite dans le domaine commercial. L’Union européenne est honni par Donald Trump qui est persuadé que les relations entre les deux blocs sont déséquilibrées en faveur des Européens. Donald Trump a sorti ses menaces tarifaires pour tordre le bras aux pratiques commerciales existantes et obtenir un accord commercial en juillet 2025 avec des droits de douanes de 15% appliqués aux produits européens.

Sylvain Kahn a baptisé cette nouvelle relation Etats-Unis-Europe une relation d’emprisme. Ce n’est pas du néocolonialisme ou de l’interventionnisme, mais de l’emprisme selon lui. “Trump utilise la coercition économique, le chantage commercial, ou la pression politique. Puisque les Européens en sont plus ou moins conscients et qu’ils débattent du degré de chantage et de pression acceptable, cela s’apparente à une emprise.”

Les Etats-Unis ne veulent plus “protéger” l’Europe

Pour Sylvain Kahn, professeur agrégé au Centre d’histoire de Sciences Po, Washington ne considère plus les Européens comme des alliés.

Le chercheur rappelle les premiers signes de cassure. L’administration américaine a clairement pris ses distances avec l’Alliance de l’Atlantique nord créée en 1949 pour protéger l’Europe contre la menace soviétique.
Déjà lors du premier mandat de Donald Trump, le président dénonçait le coût de l’Alliance atlantique. Depuis janvier 2025, Washington a forcé la main des pays européens pour qu’ils augmentent leurs contributions à l’OTAN et a indiqué que les États-Unis ne peuvent être indéfiniment l'ultime garantie de défense du territoire européen. 

“C’est une rupture majeure”, selon Sylvain Kahn. Les États-Unis ne veulent plus en d’autres termes être les protecteurs de la vieille Europe. Le vice-président Vance s’adressait ainsi aux Européens à Munich, lors de la Conférence sur la Sécurité, quelques jours plus tôt, le 14 février : “L’Amérique ne peut rien faire pour vous et il n’y a rien que vous puissiez faire pour le peuple américain.”

L’Ukraine n’a pas sauvé l’OTAN

L’attitude de Washington sur le dossier ukrainien a marqué une plus grande prise de distance encore avec l’Europe. 

Après février 2022, les Européens ont espéré une augmentation des effectifs américains pour montrer à la Russie de Poutine qu’il devait brider ses ambitions territoriales. L’administration Biden a soutenu financièrement et militairement l’Ukraine mais n’a pas envoyé de troupes en Europe.

Pendant ce temps, les Européens continuent de croire en l’OTAN, donc en la protection américaine. La Suède et la Finlande mettaient fin à leur neutralité pour rejoindre l’OTAN. Les pays du vieux continent ont augmenté leurs budgets militaires, ce qui a profité à l’industrie militaire américaine dont provenaient, entre 2022-mai 2023, 63 % des acquisitions d’équipements militaires des pays européens en dehors de leurs marchés nationaux, selon l’IRIS (Institut de relations internationales et stratégiques).

Depuis l’arrivée de Donald Trump au pouvoir, il y a un an, la rupture est même plus franche. Les Etats-Unis discutent avec la Russie de l’avenir de l’Ukraine en snobant les partenaires européens qui soutiennent Kiev depuis quatre années.

Dans une publication de l’IRIS, Pascal Boniface écrit même en septembre 2025, “l’OTAN continuera d’exister, mais comme un astre mort. Nul ne peut plus être certain que les États-Unis se porteraient au secours des Européens en cas de besoin. Ce qui faisait le cœur de l’organisation a cessé de battre.”

Pire, les Etats-Unis pourraient devenir des prédateurs pour l’Europe en convoitant le Groenland, un territoire qui dépend du royaume du Danemark. Face à un membre de l’OTAN qui veut capter un territoire appartenant à un autre membre de l’OTAN, l’alliance peut difficilement enclencher l’article 5 qui oblige les membres à soutenir militairement un membre attaqué.

En début de semaine, Donald Trump n’hésite pas à se moquer de ses “alliés européens” qui ne “vont pas résister beaucoup” sur le dossier du Groenland.

L'ancien patron de l'Alliance atlantique Anders Fogh Rasmussen.

déclarait à l’AFP depuis le Forum de Davos en Suisse, "ce n'est pas seulement une crise pour l'Otan, c'est une crise pour la communauté transatlantique dans son ensemble et un défi pour le monde, pour l'ordre international que nous connaissons depuis la Seconde Guerre mondiale. Le temps des flatteries est terminé. Ça suffit !", a-t-il martelé.