Frappes en Iran: l’Europe n'a pas même pas été prévenue

Les États-Unis et Israël ont lancé ce samedi 28 février des frappes sur l'Iran. Washington a laissé ses alliés dans l’ignorance et le malaise est palpable dans les capitales européennes

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Un batiment endommagé par un tir de missile iranien à Manama à Bahrein / REUTERS

L’aveu est venu de la bouche même du président Macron samedi. "La France n'a été ni prévenue ni impliquée, tout comme d'ailleurs l'ensemble des pays de la région et nos alliés", a-t-il précisé. Cette prise de parole est intervenue depuis l'Élysée, en ouverture d'un Conseil de défense sur la situation dans la région.

La France, comme les alliés européens, ont été laissés dans l’ignorance. Jean-Noël Barrot a regretté ce lundi 2 mars le fait que cette opération militaire n’ait pas été décidée et discutée au sein des institutions internationales. 

C’est un nouveau camouflet pour les alliés européens de la part de l’administration Trump, qui ne s’embarrasse plus du multilatéralisme depuis son arrivée au pouvoir et qui a déjà exclu les Européens des discussions sur le programme nucléaire iranien depuis avril 2025.

La France, l'Allemagne et le Royaume-Uni, autrefois partenaires de l'administration Obama dans la conclusion d'un accord sur le programme nucléaire iranien (2015), en ont été réduits à appeler à la reprise des négociations. Les pourparlers entre Téhéran et Washington se déroulaient encore la semaine dernière à Genève et auraient fait des “progrès” selon l’intermédiaire omanais, avant que l’offensive israélo-américaine ne les réduise à néant.

Les Européens blâment l’Iran

Si la Norvège et l’Espagne ont dénoncé les violations du droit international, l’Italie et l'Allemagne se sont abstenus de toute critique envers Donald Trump et Israël. Le chancelier Friedrich Merz a même déclaré que ce n’était pas le moment de donner des leçons à ses alliés. “Les appels lancés par l’Europe ainsi que les sanctions importantes contre le régime iranien, n’ont eu aucun effet. Cela s’explique par le fait que nous n’étions pas prêts à imposer nos intérêts fondamentaux par la force militaire si nécessaire”, a-t-il expliqué.

Les capitales européennes blâment de manière générale l’Iran pour les attaques qu’elle subit. Elles soutiennent que le pays n’aurait pas accepté les demandes américaines sur le programme nucléaire et  soulignent que Téhéran a réprimé dans le sang les manifestations de sa population en janvier.
Ainsi, le Premier ministre britannique, Keir Starmer, a déclaré que si son pays n’avait “joué aucun rôle” dans les frappes, “nous l’avons toujours dit clairement: le régime iranien est absolument abject.”

Reste que le malaise est réel vis-à-vis des Américains. Dans un article du Washington post, un haut responsable de la sécurité allemand s’interroge: “Si l’on souhaite réellement un changement de régime, comment cela est-il censé se dérouler ? Il semblerait que, jusqu’aux plus hautes sphères du pouvoir à Washington, personne n’en sache plus que nous”.

Cette marginalisation de l’Europe est devenue systématique pour Washington qui a choisi la voie de la toute-puissance militaire.

Lors du Conseil de défense de samedi soir, Emmanuel Macron a déclaré que la diplomatie devait reprendre ses droits.


La France, par la voix de Jean-Noël Barrot, a annoncé être prête à défendre les pays du Golfe et prévient qu’elle va sécuriser ses intérêts dans la région. 

La France, comme l’Europe, pourraient être entraînées à entrer dans la danse malgré elles car elles ont effectivement des soldats basés dans la région. Les Britanniques sont présents à Chypre et au Qatar,  les Allemands sont installés près de l’aéroport d’Erbil, en Irak, et en Jordanie à Azraq.

Les Français sont présents aux Émirats arabes unis (900 militaires français sur la base navale de Mina Zayed et sur la base aérienne d’Al-Dhafra) et en Jordanie et sont liés à plusieurs États de la région, dont les Émirats arabes unis (EAU), le Qatar, le Koweït, tous visés par les frappes iraniennes. Les Rafale français seraient intervenus au cours du week-end pour neutraliser des drones aux EAU.