Attaques en hausse: les chrétiens d’Israël et de Palestine rêvent de départ

Les fêtes de Pâques ont été tristes en Israël et Palestine. Le nationalisme religieux qui domine en Israël cible aussi les chrétiens. Les attaques se multiplient à tel point que beaucoup rêvent de partir.

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Le cardinal Pizzaballa, du patriarchat latin a célébré la messe de Pâques, les autorités israéliennes ont imposé une messe retransmise en visio / AFP

Les fêtes de Pâques étaient tristes cette année en Israël, en Cisjordanie occupée et à Gaza. La guerre lancée contre l’Iran a perturbé les fêtes de Pâques.

Pierbattista Pizzaballa, le cardinal de Jérusalem, proche du défunt pape François a été empêché de célébrer la messe des Rameaux au Saint-Sépulcre, lieu le plus saint du catholicisme, par la police israélienne. Les messes de Pâques ont finalement été rendues possibles, à condition de respecter un quota de fidèles après que  l’affaire a fait un tollé international.

William Shomali, vicaire général au Patriarcat de Jérusalem et Palestine admet auprès de TRT Français que la messe de Pâques a été moins festive que d’habitude, puisque tout s’est passé en visioconférence: “la police a accepté d'autoriser quinze personnes, dont dix membres du clergé et cinq de l'équipe média pour transmettre tout ça sur le streaming. Voilà. Ça a été transmis à ceux qui voulaient. On ne pouvait pas obtenir plus que ça”.

Si la guerre a gâché les fêtes pascales, la multiplication des attaques verbales, des crachats et menaces envers les chrétiens avaient déjà tendu l’atmosphère. Les chrétiens d’Israël et de Palestine sont sous pression constante des colons israéliens.

William Shomali décrit le quotidien des religieux et des chrétiens à Jérusalem: “Les graffitis, les tags, les jets de pierres sur les couvents, les crachats, ou les attaques de cimetière ; ils ont aussi cassé une statue du Christ comme c'est arrivé au couvent de la Flagellation, chez les Franciscains”. On peut y ajouter des cocktails molotov, des injures contre les bâtiments religieux.

Le Rossing Center, institution pilotée par Hana Bendcowsky recense les agressions envers les chrétiens dans l’État hébreu et à Jérusalem. “En 2025, 155 incidents — crachats, insultes, tags, détérioration d’églises — contre des chrétiens ont été signalés”, révèle-t-elle au journal le Parisien et “c’est en hausse”. 

Les auteurs sont toujours des “individus juifs, souvent associés à des groupes épousant des idéologies ultra orthodoxes et nationalistes”, insiste Hana Bendcowsky, directrice du Rossing Center, le Centre de Jérusalem pour les relations judéo-chrétiennes. Les prêtres et membres des clergés sont les premiers visés par ces gestes haineux.

La violence des colons pour capter des terres

En Cisjordanie occupée, les attaques sont plus violentes et visent désormais des villages chrétiens, aussi. La violence des colons est en hausse avec 486 attaques enregistrées en janvier 2026, selon le groupe de défense des droits des Bédouins al-Baidar, tandis qu’en février, les colons ont lancé 511 attaques, a rapporté la Commission palestinienne de résistance au mur et aux colonies.

“Alors on peut mentionner Taybeh, située à l’est de Ramallah, qui est devenu un village célèbre parce qu'il est entièrement chrétien. Et plus récemment, les colons construisent une colonie près de Beit Sahour, qui est voisine à Bethléem. Donc la présence des colons à côté de nos villages et villes est une menace parce qu'ils sont violents. Ils sont armés. Ils s'attaquent aux Palestiniens qui vont faire de la cueillette des olives”, ajoute le vicaire général du Patriarcat de Jérusalem.

Des colons transforment en effet un avant-poste en colonie dans la zone d'Ush Ghrab (ou Gharab), située à l'est de Beit Sahour, près de Bethléem en Cisjordanie occupée. Des maisons mobiles y ont été installées sous la protection de l'armée.  Cette expansion vise à prendre le contrôle de terres palestiniennes stratégiques à proximité de Beit Sahour.

La situation se dégrade de plus en plus depuis la guerre qui a suivi le 7 octobre 2023.

Une population qui veut quitter la Terre Sainte

Les chrétiens sont environ 50 000 dans les territoires palestiniens, soit 1 % d’une population majoritairement musulmane, et environ 140 000 en Israël, soit 2 % d’une population majoritairement juive. 

Face à la hausse des actes anti-chrétiens, de nombreux Israéliens de confession chrétienne pensent à quitter le pays. Le second rapport annuel 2024 du Rossing Center, ONG engagée dans le dialogue interreligieux basée à Jérusalem a révélé des relations tendues entre la communauté chrétienne et le reste du pays. Un chrétien sur trois ne se sent pas accepté par ses compatriotes juifs israéliens et envisage de quitter le pays. Le malaise est encore plus profond parmi les moins de 30 ans, puisque la moitié d’entre eux (48%) souhaitent migrer.

Monseigneur William Shomali admet que beaucoup de chrétiens parlent de quitter la région: “L'intention de partir, elle existe et elle est forte, bien entendu. Ceux qui sont partis il y a quelque temps, n'étaient pas les plus pauvres. Les plus pauvres n'ont pas eu assez de shekels (monnaie israélienne) pour aller de Bethléem à Hébron, alors pour acheter un billet pour aller aux États-Unis. Et maintenant, les États n’acceptent pas facilement les Palestiniens ou même des gens des pays arabes”.

Ainsi, raconte-t-il, il y avait un millier de chrétiens à Gaza en 2023, ils ne sont que 500 aujourd’hui, soit la moitié du nombre recensé avant la guerre génocidaire. L’Australie a offert des visas pour les familles qui le souhaitaient durant la guerre menée par Israël.

Des pressions pour capter le capital foncier des Églises

À la pression entretenue par les colons, s’ajoute celle des autorités israéliennes. Si  crachats et menaces peuvent être imputés à des individus, les tentatives de confiscations et les saisies de biens ecclésiastiques à Jérusalem, notamment concernant le Patriarcat arménien et l'Église grecque-orthodoxe, émanent des autorités israéliennes et notamment de la municipalité de Jérusalem.

Les Églises détiennent des biens religieux mais également des bâtiments civils situés souvent dans les parties les plus anciennes de la ville sainte. Les Églises sont prises en tenailles entre des associations de colons et la municipalité de Jérusalem menée par des partis religieux.

Dès décembre 2021, dans une déclaration commune, les patriarches et chefs d’église (arménien, grec orthodoxe, catholique et anglican) ont sonné l’alarme face aux “tactiques” utilisées par des “groupes radicaux” pour chasser les chrétiens. Ces derniers dénonçaient les achats de propriétés par des colons dans le but de parachever la “judaïsation” de Jérusalem.

Ainsi en 2024, la justice israélienne valide la vente de plusieurs biens dans le vieux Jérusalem (la maison Muzamiya dans le quartier chrétien, et surtout l’hôtel Pétra porte de Jaffa et l’hôtel Impérial dans le marché arabe) par l’Église grecque orthodoxe à une association de colons qui avait racheté les baux de manière opaque. L’Eglise a affirmé avoir été trompée mais la vente a été confirmée.

La municipalité de Jérusalem joue, elle, la carte des arriérés d’impôts. Elle réclame l’arnona, l’impôt foncier dont les Églises sont exemptées depuis le traité de Mytilène sous l’empire ottoman ; d’autres municipalités ont suivi Jérusalem, et les Églises chrétiennes travaillent à un compromis. Elles se disent prêtes à accepter de payer l’impôt sur les bâtiments non conventuels. Cela réduira d’autant leurs revenus et donc les actions sociales, les budgets des écoles chrétiennes ou les salaires des prêtres, préviennent-elles. 

Dès lors, quel espoir reste-t-il aux chrétiens de cette région ? Le vicaire général Shomali est on ne peut plus clair: “Il n'y a pas d'horizon actuellement. Tant que le gouvernement est d'extrême droite et que le Parti républicain (Likoud) soutient inconditionnellement les revendications des colons. (...) Pour eux, c'est leur terre. Avec ces gens, on ne peut pas parler avec la raison. La raison ne sert pas du tout. Il faut imposer par la force pour qu'ils partent mais s'il n'y a pas de force de dissuasion”.

Dans une tribune datée du 30 mars 2026, Loys de Pampelonne, ancien directeur pour l’Irak de l’Œuvre d’Orient, appelle dans le quotidien La Croix, journal chrétien français, à l’activation du mécanisme européen de dialogue sur la liberté religieuse. Ce mécanisme prévoit des démarches diplomatiques auprès des États tiers lorsque la liberté religieuse est systématiquement entravée. L’activation enclenche une pause dans les relations commerciales, dans l’espoir d’en faire  un moyen de pression.

Idée séduisante, mais faut-il rappeler que l’accord commercial entre l’Union européenne et Israël prévoit un même mécanisme lorsque les droits de l’homme ne sont pas respectés ? Malgré deux années de guerre génocidaire à Gaza, cet accord commercial n’a pas été suspendu.