Les agriculteurs français toujours mobilisés, la peur de disparaître au ventre
L’élargissement de la zone de vaccination contre la dermatose nodulaire n’a pas calmé les agriculteurs. Alors que des blocages ont toujours lieu ce mardi, le Premier ministre propose de recevoir les syndicats agricoles ce matin.
Le geste d’Annie Genevard pour calmer les craintes des éleveurs du sud-ouest n’a pas pacifié la situation.
Après leur réunion de deux heures à Toulouse avec la ministre de l’Agriculture, les syndicats agricoles étaient toujours déçus, voire en colère (Coordination rurale, confédération paysanne, et Jeunes agriculteurs).
Le gouvernement n’a pas changé le protocole mis en place lors de contaminations, quand un cas est déclaré, l’abattage du troupeau dans son entier est toujours appliqué. L’abattage ciblé et non de l’entièreté du troupeau constitue une demande des éleveurs français.
Le “dépeuplement”, soit l’abattage de tout le troupeau, est une méthode qui, d’un point de vue vétérinaire, fait sens, répondent ministre, représentants vétérinaires et chambres de l’agriculture.
Jean-Yves Gauchot, président de la Fédération des syndicats vétérinaires de France, a ainsi défendu le protocole mis en place par le gouvernement pour lutter contre la dermatose. "Scientifiquement, la méthode est la bonne", a-t-il déclaré sur ICI Périgord.
Les blocages continuent
Les éleveurs restent mobilisés et des blocages ont encore lieu ce mardi. Des agriculteurs bloquent ainsi la nationale 12 au niveau de Méré (Yvelines) dans le sens province-Paris. Une quinzaine de tracteurs sont sur place depuis 10h.
En Dordogne, l’A89 est bloquée de Saint-Astier à Saint-Laurent-sur-Manoire.
Dans le Gard, 80 tracteurs et 220 manifestants sont mobilisés ce matin. Ils bloquent notamment les accès au péage de Nîmes Ouest, sur l'A9.
Dans le sud-ouest deux lignes de train sont perturbées.
Sur l'axe Toulouse - Narbonne, la circulation des trains est interrompue entre Castelnaudary et Villefranche-de-Lauragais, en raison du dépôt de différents matériaux sur les voies par des manifestants.
Sur l'axe Toulouse - Auch, la circulation des trains est interrompue entre Auch et Gimont pour les mêmes raisons.
Une réunion de crise à Matignon
Pour tenter d'enrayer la progression de la mobilisation, le Premier ministre a organisé une réunion de crise ce mardi matin.
Les agriculteurs y parleront de l’élevage français et de l’épidémie de dermatose nodulaire, mais aussi de l’accord de libre-échange du Mercosur. Celui-ci doit être ratifié samedi avec les pays d’Amérique du sud et l'Union européenne,un accord que les agriculteurs français refusent en bloc, depuis le début.
Emmanuel Macron a joué le froid et le chaud sur le dossier. Sa dernière volte-face un peu tardive pour demander à l’Union européenne de ne pas ratifier cet accord ressemble à une tentative de calmer les agriculteurs. D’ailleurs, ceux-ci ont très mal vécu les changements de cap des gouvernements sur cette question, Emmanuel Macron acceptant même cet accord après l’obtention de clauses de protection.
Vincent Thoumieux, 30 ans, secrétaire général des Jeunes agriculteurs des Yvelines, à l'origine de la mobilisation sur la nationale 12, confiait ce matin sur France Bleu : "On est en train d'abattre le cheptel français mais on s'apprête à signer un traité qui va nous apporter des tonnes et des tonnes de viande et on n'a aucun regard (dessus)".
C’est bien ce qui mobilise le monde agricole français, sa survie dans un contexte économique plus que défavorable. En effet, l’agriculture française perd des parts de marché à l'exportation notamment parce qu’elle n’est pas compétitive face à des géants comme le Brésil ou l’Argentine.
La France est toujours le premier pays agricole européen, mais en 2025, sa balance commerciale alimentaire pourrait être négative, en cela qu’elle achète plus à l’extérieur pour nourrir sa population qu’elle ne vend à l’export. Ce serait une première depuis près de 50 ans.