Soudan: la crainte de nouveaux massacres au Kordofan
Les atrocités commises lors de la prise d'El-Facher au Soudan sont une "catastrophe" qu'il aurait été possible d'éviter, a assuré lundi le Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l’Homme, affirmant craindre que les choses se répètent dans le Kordofan
"Mon bureau a tiré la sonnette d'alarme sur le risque d'atrocités de masse dans la ville assiégée d'El-Facher pendant plus d'un an", a déclaré Volker Türk, devant le Conseil des droits de l’Homme de l'ONU à Genève. "La menace était évidente, mais nos avertissements ont été ignorés", a-t-il ajouté.
La prise d'El-Facher par les Forces de soutien rapide (FSR) en octobre a été marquée, selon de nombreux rapports, par des massacres, viols et enlèvements. "La responsabilité de ces atrocités incombe entièrement aux FSR, à leurs alliés et à ceux qui les soutiennent", a affirmé Volker Türk.
La crainte d’un même scénario au Kordofan
"Je suis extrêmement préoccupé par la possibilité que ces violations et exactions se reproduisent dans la région du Kordofan. Les combats s'y sont intensifiés depuis la prise d'El-Facher", a indiqué Volker Türk.
Depuis la prise d'El-Facher, dernier bastion de l'armée dans la vaste région voisine du Darfour (ouest du pays), les paramilitaires ont recentré leurs opérations sur le Kordofan, zone stratégique qui fait la jonction entre celles tenues par l'armée dans le nord, l'est et le centre, et le Darfour.
Ces deux dernières semaines, l'armée soudanaise et ses alliés ont brisé les sièges de Kadougli et de Dilling, mais "les frappes de drones des deux camps se poursuivent, faisant des dizaines de morts et de blessés parmi les civils", a indiqué Volker Türk.
Selon le commissariat aux droits de l’Homme de l’ONU, sur une période d'un peu plus de deux semaines, allant jusqu'au 6 février, "quelque 90 civils ont été tués et 142 blessés lors de frappes de drones menées par les FSR et les FAS (Forces armées soudanaises)", a-t-il détaillé, indiquant que ces attaques ont touché "un convoi du Programme alimentaire mondial, des marchés, des installations sanitaires et des quartiers résidentiels".
Des civils massacrés par centaines
Les paramilitaires soudanais ont commis des "massacres" au Darfour, dont ils tentent de dissimuler les victimes dans des "fosses communes", a rapporté le 19 janvier la procureure adjointe de la Cour pénale internationale (CPI), Nazhat Shameem Khan.
Lors de la prise de la ville d’El Fasher, plus de deux mille personnes auraient été tuées.
La magistrate a ajouté que "des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité" ont été commis lors de la prise de contrôle de la ville d’El-Facher.
"L'horreur doit cesser", a demandé la représentante française."Tout soutien extérieur au conflit doit cesser et l’embargo sur les armes – embargo dont la France soutient l’extension à l’ensemble du Soudan – doit être respecté", a-t-elle poursuivi.
De son côté, "l'UE est profondément préoccupée par la situation au Kordofan et réaffirme que les horreurs" à El-Facher "ne doivent pas se reproduire", a indiqué un représentant.
Sur les 18 États que compte le Soudan, les rebelles des FSR contrôlent l’ensemble des cinq États de la région occidentale du Darfour, à l’exception de certaines zones du Darfour du Nord qui restent sous le contrôle de l’armée. Cette dernière conserve la maîtrise de la majorité des territoires des 13 autres États, répartis dans le sud, le nord, l’est et le centre du pays, y compris la capitale, Khartoum.
Le conflit opposant l’armée soudanaise aux FSR, déclenché en avril 2023, a fait des milliers de morts et provoqué le déplacement de millions de personnes.