Municipales en France: des alliances locales loin des consignes nationales
Tous les partis encore dans la course ont déposé mardi soir à 18h leurs listes pour le second tour. Les socialistes ont scellé des alliances avec les Insoumis. A droite, les alliances se sont faites vers le centre en évitant l'extrême-droite.
Ce fut le feuilleton de ce début de semaine. Les socialistes vont-ils oui ou non s’allier aux Insoumis pour le second tour des élections municipales? Car même arrivés en tête dans certaines villes, ils avaient besoin d’une union de la gauche pour ne pas perdre des villes importantes comme Nantes.
Et pourtant, le premier secrétaire Olivier Faure a répété plusieurs fois qu’il n’y aurait pas d’alliances avec la France insoumise dénonçant leurs outrances, leur “antisémitisme” supposé et le fait que l'union de la gauche des législatives 2024 n’existait plus.
Le candidat socialiste de Paris, Emmanuel Grégoire est resté sur cette ligne et a refusé la main tendue de Sophia Chikirou. Il n’y aura pas non plus de liste d’union à Marseille, où Benoît Payan, le maire sortant, a refusé de s’allier à l’Insoumis Sébastien Delogu. Celui-ci a retiré sa liste, face à un candidat RN à 35% une quadrangulaire paraissait risquée pour la gauche.
Ailleurs, nécessité a fait loi, et la liste est longue. L’alliance a été signée à Avignon, Brest Toulouse, Lyon, Nantes, Limoges, Clermont-Ferrand... Le réalisme politique a primé sur les consignes nationales, les déclarations d’un François Hollande ou d’un Raphaël Glucksmann.
Dans ces villes, les maires sortants socialistes n’ont pas fait le plein de voix et les bons résultats de la France insoumise obligent à une nouvelle arithmétique électorale. Olivier Faure a essayé de défendre ce retournement en expliquant que Jean-Luc Mélenchon restait infréquentable mais pas les candidats insoumis. “Hypocrite”, a taclé Marine Le Pen du Rassemblement national.
Alliances locales sous le signe de la realpolitik
Du côté de LFI, on justifie ces alliances par la nécessité de mettre en place un front antifasciste, un terme nouveau dans le paysage politique français et qui pourrait faire penser à un barrage anti extrême-droite.
C’est en fait une union pour empêcher la droite de prendre des villes qui sont à gauche, comme à Nantes, tout en cherchant à gagner des villes ancrées à droite comme Limoges, Avignon ou Toulouse.
À Nantes, la maire socialiste Johanna Rolland est talonnée par le républicain Foulques Chombart de Lauwe (LR).
Le maire divers droite de Toulouse, Jean-Luc Moudenc, est arrivé en tête au premier tour avec un peu plus de 37% des voix, François Piquemal (LFI) est deuxième avec 27,56% des voix et François Briançon (PS), est arrivé troisième avec un peu moins de 25% des suffrages.
À Limoges, le retrait du maire sortant Emile-Roger Lombertie le soir du premier tour, la gauche unie peut espérer récupérer la mairie, Damien Maudet (LFI) a recueilli 25% des voix et le socialiste Thierry Miguel (17 %).
Ces alliances prennent deux formes. Certaines listes s'engagent ainsi à diriger une ville ensemble comme à Toulouse. Le député François Piquemal (LFI) deviendra maire de la ville en cas de victoire et le socialiste François Briançon prendra la tête de la métropole toulousaine.
L'autre type d'accord est appelé "fusion technique”, comme à Nantes entre la maire socialiste Johanna Rolland et le candidat insoumis William Aucant. Les deux listes se présentent unies au second tour mais ne gouverneront pas ensemble.
Fusions ou alliances locales parfois étonnantes
Les Écologistes ont eux aussi choisi de s’allier avec la France insoumise, comme à Strasbourg ou Poitiers. En revanche, à Lyon, la fusion qui avait été annoncée est tombée à l’eau ce mardi, les deux camps ne s’étant pas entendus sur un programme.
Le réalisme politique a également conduit d’autres listes à chercher un complément de voix. À droite, par exemple, Pierre-Yves Bournazel (Horizons) a accepté de fusionner sa liste avec celle de Rachida Dati (Les Républicains-Modem) à Paris.
Et puis il y a les fusions qui détonnent comme à Strasbourg où la socialiste Catherine Trautmann (25,93% au premier tour) a fait alliance avec le candidat de droite Pierre Jakubowicz, candidat Horizons (5,1 %). L’ancienne maire de Strasbourg s’est vue exclue du PS et Horizons a retiré son investiture à son candidat alsacien. Horizons appelle à soutenir le candidat LR au second tour, Jean-Philippe Vetter.