La production d'armes de Volkswagen pour Israël suscite l'inquiétude

Le ministère de la Défense indique que toute discussion relative à ces acquisitions, si elle existe, restera confidentielle jusqu'à l'approbation du Parlement.

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La production d'armes de Volkswagen pour Israël suscite l'inquiétude / Reuters

Volkswagen serait en discussion avec la société Rafael Advanced Defence Systems, qui a conçu le Dôme de fer israélien, pour convertir la production de voitures de son usine d'Osnabrück (ouest) à celle de systèmes de défense antimissile, selon un article du Financial Times publié mardi.

Interrogé par l'AFP à ce sujet, un porte-parole de Volkswagen a indiqué que le groupe "continue d'examiner des perspectives viables pour le site d’Osnabrück après la fin de la production actuelle prévue en 2027", tout en disant "exclure catégoriquement toute production d'armements à l'avenir".

Ce projet, soutenu par Berlin, vise à préserver l'emploi de quelque 2 300 personnes.

Berlin favorable à la préservation d’emploi 

Interrogé par l'Agence Anadolu au sujet des informations concernant l'éventuelle utilisation de l'usine Volkswagen d'Osnabrück pour la production d'armement, le gouvernement allemand n'a pas démenti les allégations de collaboration entre Volkswagen et Israël.

Un porte-parole du gouvernement allemand a déclaré jeudi que Berlin avait "pris note des articles de presse" et a souligné que le secteur automobile traverse une période de transformation dans un contexte de "forte concurrence internationale".

"En tant que gouvernement fédéral, nous saluons naturellement les initiatives qui contribuent à préserver les emplois en Allemagne", a déclaré le porte-parole, ajoutant que le gouvernement continue de suivre de près l'évolution du secteur automobile.

Le Ministère de la Défense garde le silence

Interrogé séparément sur d'éventuelles initiatives d'acquisition d'armements, le ministère allemand de la Défense s'est également abstenu de confirmer ou d'infirmer l'existence de telles discussions.

Un porte-parole du ministère a indiqué que des informations sur le système Dôme de fer étaient disponibles sur les sites web officiels, mais a précisé que toute discussion relative à une acquisition, si elle existe, serait traitée en interne et ne serait divulguée qu'après approbation parlementaire.

"Veuillez ne pas interpréter ceci comme une déclaration confirmant ou infirmant l'existence de telles discussions ; il s'agit simplement d'une question confidentielle", a déclaré le porte-parole.

Inquiétude des habitants

Cette annonce a suscité l'inquiétude des habitants et certains se sont mobilisés pour protester contre tout accord. Des habitants ont apposé un autocollant avec un point d'interrogation sur le panneau "Ville de la Paix" à l'entrée de la ville, exprimant leur opposition à la production d'armes dans leur propre ville.

Paul Streif, ouvrier de l'usine depuis 12 ans, s'oppose catégoriquement à la production d'armes à l'usine Volkswagen d'Osnabrück.

Selon lui, cette décision n'est pas une solution viable pour l'avenir des travailleurs, car la production de matériel de guerre "pourrait engendrer des conséquences susceptibles de déclencher une Troisième Guerre mondiale au lieu de préserver les emplois".

Il a exhorté ses collègues à se battre pour trouver d'autres emplois plutôt que de participer à la production d'armements ou d'accepter la fermeture des usines.

Serkan Gulsen, un ancien employé de Volkswagen qui a quitté l'entreprise pour travailler dans la restauration, a déclaré que le constructeur automobile avait décidé de fermer l'usine où il travaillait en raison de mauvais résultats. Son contrat, comme ceux d'environ 500 de ses collègues, n'a pas été renouvelé.

Gulsen a ajouté que Volkswagen cherchait une solution dans le contexte actuel de la crise de l'emploi.

"Ils souhaitaient nouer un partenariat avec Rheinmetall (entreprise de défense) pour produire pour l'industrie de la défense, mais le maire d'Osnabrück s'y est opposé, craignant que la ville ne soit prise pour cible en cas de guerre. J'ai entendu dire que les discussions sont toujours en cours", a-t-il expliqué.

"Rheinmetall ne voulait aucun de ces travailleurs et a menacé de recruter à sa place. Près de 3 000 personnes travaillent ici, dans cette usine. Ils vont donc soit perdre leur emploi, soit être transférés dans d'autres usines, et personne ne le souhaite", a-t-il conclu.

Hasan Bozan, un habitant d'Osnabrück, a dit que l'oppression des Palestiniens par Israël est intolérable, surtout avec la mort de tant d'enfants.

"Le gouvernement allemand est complice et je m'y oppose fermement. Je ne veux pas d'une telle chose ; tout le monde autour de moi partage ce sentiment et personne n'approuvera un tel investissement dans la guerre", a-t-il affirmé.