Accord sur les migrants: le Rwanda poursuit le Royaume-Uni en justice
Le Rwanda a engagé des poursuites contre le Royaume-Uni pour avoir suspendu les paiements prévus dans l’accord visant à expulser des migrants. Cet accord a été abandonné par Londres en 2024 lorsque les travaillistes sont arrivés au pouvoir.
"Le Rwanda regrette d'avoir dû porter ces plaintes devant un tribunal arbitral, mais face à l'intransigeance du Royaume-Uni sur ces questions, il n'avait pas d'autre choix", a déclaré à l'AFP Michael Butera, conseiller technique en chef du ministre de la Justice rwandais.
Kigali a cherché à engager un dialogue diplomatique avant de recourir à une action en justice, a-t-il assuré.
Le Rwanda a entamé mardi une procédure d'arbitrage contre le Royaume-Uni devant la Cour permanente d'arbitrage de La Haye. Il réclame 50 millions de livres sterling (68,8 millions de dollars) en dommages-intérêts, le Royaume-Uni n'ayant pas formellement résilié l'accord controversé conclu en avril 2022, argumente le pays africain.
Le programme de relocalisation en Afrique de l'Est de personnes arrivées au Royaume-Uni par de petites embarcations visait à dissuader ceux qui voulaient rejoindre la Grande-Bretagne de manière illégale.
Cependant, seulement quatre volontaires sont finalement arrivés au Rwanda.
Une dette sur fonds de tension dans l’est de la RDC
Le Premier ministre britannique Keir Starmer a annulé ce plan, négocié par l'ancien chef du gouvernement Boris Johnson, dès son arrivée en fonction en juillet 2024, le déclarant "mort et enterré".
Londres avait déjà versé 240 millions de livres (276 millions d'euros) à Kigali avant l'abandon de l'accord, et prévoyait de verser en avril 50 millions de livres (57,5 millions d'euros) supplémentaires.
"Nous défendrons fermement notre position afin de protéger les contribuables britanniques", a réagi un porte-parole du Premier ministre britannique.
L'année dernière, le Royaume-Uni a suspendu la majeure partie de son aide au Rwanda, l'accusant de soutenir l’offensive du groupe rebelle M23 en République démocratique du Congo, ce que Kigali a toujours nié, qualifiant cette décision de "punitive".
L'immigration est une question politique de plus en plus centrale depuis que le Royaume-Uni a quitté l'Union européenne en 2020, en grande partie sur la promesse de "reprendre le contrôle" de ses frontières.
Environ 37 000 demandeurs d’asile, dont des personnes fuyant la Syrie et l’Afghanistan, ont traversé la Manche en 2024, et plus de 40 000 en 2025, le chiffre le plus élevé depuis 2022, année où près de 46 000 personnes avaient effectué la traversée. Le gouvernement britannique affirme avoir expulsé 50 000 personnes sans papiers vivant sur son territoire.
Le Rwanda, pays d'environ 13 millions d'habitants, se présente comme l'une des nations les plus stables du continent africain et est salué pour ses infrastructures modernes.