Visite du président Al-Charaa à Berlin: les Syriens d’Allemagne au cœur de la rencontre
Berlin travaille avec Damas au rapatriement en trois ans de 80% des Syriens réfugiés en Allemagne, a déclaré lundi le chancelier Friedrich Merz au cours de la visite du président Ahmed al-Charaa.
L'avenir de la diaspora syrienne en Allemagne, qui compte environ un million de personnes notamment arrivées pendant la crise migratoire de 2015, est au centre de ce premier voyage officiel à Berlin du dirigeant syrien.
Très loin des portes ouvertes par la Chancelière Merkel en 2015, la politique migratoire allemande se durcit aujourd'hui dans un contexte d'essor de l'extrême droite. Le chancelier conservateur Merz souhaite renvoyer en priorité "un petit groupe qui nous pose des problèmes", à savoir des Syriens ayant commis des infractions.
Mais le chancelier envisage un véritable virage migratoire qui doit concerner 80% des Syriens "et c'est aussi le souhait du président Al Charaa", a-t-il ajouté.
Des expulsions vers la Syrie ont déjà eu lieu. En revanche, les Syriens sont peu nombreux à profiter des programmes de retour au pays avec un soutien financier proposé par Berlin.
Selon le président syrien, qui n'a pour sa part pas donné de chiffres, Berlin et Damas souhaitent établir un "modèle circulaire de migration qui permettra aux Syriens de contribuer à la reconstruction de leur patrie sans avoir à abandonner la stabilité des vies qu'ils ont bâties ici pour ceux qui veulent rester".
Il a souligné que les Syriens d'Allemagne devaient être "un pont" entre les deux pays et étaient "un atout".
Soutien allemand à la reconstruction
Avant ce déplacement en Allemagne, Ahmed al-Charaa, qui a renversé Bachar el-Assad en décembre 2024, a multiplié les voyages, en particulier aux Etats-Unis, en France et en Russie, afin de replacer la Syrie sur la scène internationale.
L'aide économique de Berlin à Damas de 200 millions d'euros pour 2026 doit constituer un soutien pour la reconstitution du pays.
Friedrich Merz a vanté un "ambitieux programme de travail commun pour la reconstruction et le retour (des réfugiés), qui entre maintenant dans sa phase de mise en œuvre", avec une délégation allemande se rendant à cette fin en Syrie "dans quelques jours".
L'Allemagne va financer des projets relatifs à l'approvisionnement en eau ou à la reconstruction d'hôpitaux qui ont été endommagés ou manquent cruellement de matériel pour soigner les malades.
Dans la même perspective, Al Charaa a participé à un forum économique germano-syrien au ministère des Affaires étrangères.
Il y a vanté une Syrie "refuge pour les chaînes d'approvisionnement", qui permet le transport d'énergie et de marchandises vers l'Europe sans passer par le détroit d'Ormuz, paralysé par la guerre au Moyen-Orient.
Un retour vers un état stable
Friedrich Merz a exhorté son homologue à l'installation d'un "Etat de droit" et au respect des droits de tous les Syriens "quelle que soit leur religion, leur appartenance ethnique ou leur sexe" liant explicitement l’aide à la reconstruction à l’établissement d’un Etat de droit stable.
Friedrich Merz a, pour l'instant, "réduit sa politique syrienne à la question des expulsions et ignoré la situation réelle sur le terrain", a déclaré à l'AFP Luise Amtsberg, la députée des Verts chargée des affaires étrangères, mettant en garde contre une "normalisation précipitée" des relations bilatérales.