Italie: échec de Giorgia Meloni, sa réforme de la justice ne passe pas

La Première ministre italienne Giorgia Meloni a essuyé lundi un revers majeur avec la victoire du "non" au référendum sur la réforme judiciaire qu'elle avait portée, à l'issue duquel elle a confirmé ne pas avoir l'intention de démissionner.

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Les Italiens ont voté le référendum dimanche et lundi / Reuters

C’était la réforme voulue et portée par la Première ministre d’extrême droite, mais les référendums sont toujours des votations à haut risque politique. Après le dépouillement des bulletins dans plus de 90% des bureaux de vote, le "non" obtenait près de 54%, contre 46% pour le "oui".

L’échec est cuisant. "Les Italiens ont tranché. Et nous respectons cette décision. (...) Mais cela ne change rien à notre engagement de continuer, avec sérieux et détermination, à œuvrer pour le bien de la nation et à honorer le mandat qui nous a été confié", a-t-elle déclaré dans une vidéo sur X.

Ce résultat est un coup dur pour Mme Meloni, qui dirige depuis octobre 2022 un gouvernement de coalition d'une stabilité inhabituelle.

Une réforme constitutionnelle contestée


Le référendum s'est déroulé dimanche et lundi, et les Italiens devaient se prononcer sur la réforme constitutionnelle de la justice.
Cette réforme visait à séparer les fonctions de juges et de procureurs et à modifier leur organe de contrôle. Le gouvernement a présenté ces mesures comme nécessaires pour garantir l'impartialité de la justice.
Les opposants à cette réforme dénonçaient une volonté de mise au pas des juges. La réforme prévoyait la création d’une nouvelle cour disciplinaire composée de 15 membres.

Trois membres auraient été nommés par le président de la République, trois autres auraient été tirés au sort sur une liste établie par le Parlement et neuf auraient été tirés au sort parmi les juges et procureurs.

La réforme du système judiciaire italien est un projet central pour tous les gouvernements de droite ou populiste depuis Berlusconi, dénonçant la “République des toques rouges”.
Giorgia Meloni a ainsi accusé maintes fois la justice italienne d’être partisane quand les décisions invalidaient ses décisions comme l’expulsion de migrants vers l'Albanie en 2024.

Lors d'un débat public le mois dernier, son ministre de la Justice Carlo Nordio a déclaré que la réforme permettrait de mettre fin à un "mécanisme para-mafieux" au sein du système judiciaire.

Les Italiens semblent, malgré tout, attachés à ce système judiciaire né après la Seconde Guerre mondiale avec cette idée centrale d’éviter une mise au pas des juges comme sous l’épisode fasciste et Mussolini.

Le gouvernement italien sous pression

"C'est un très mauvais résultat. Cela signifie qu'elle a perdu le soutien de l'électorat italien sur un point majeur de son programme et sur l'une des propositions phares de la droite (...) depuis 30 ans", a déclaré à l'AFP Daniele Albertazzi, professeur de sciences politiques à l'université de Surrey, au Royaume-Uni.

Selon M. Albertazzi, "l'image d'invincibilité (de Mme Meloni, ndlr) n'est plus d'actualité", même si "cela ne veut pas dire, bien sûr, qu'elle perdra les élections (législatives en 2027).”

Va-t-on vers des élections anticipées ?

Cet échec pourrait avoir des répercussions politiques, mais pas immédiates.
"Nous avons dit dès le début que le référendum n'aurait aucune incidence sur le sort du gouvernement", a répété Galeazzo Bignami, chef du groupe Fratelli d'Italia (FdI), le parti de Giorgia Meloni, à la Chambre des députés, sur la chaîne de télévision La7.

"Un vote aux répercussions politiques considérables. C'est un avis d'expulsion lancé à ce gouvernement, après quatre ans", a ajouté plus tard Giuseppe Conte pendant une conférence de presse, estimant que le Mouvement 5 Etoiles (M5S), parti d’opposition "a le droit de jouer un rôle de premier plan dans cette nouvelle saison politique, ce nouveau printemps".

La réforme, qui passait par une modification de la Constitution, entendait séparer les carrières des juges et des procureurs et modifier le fonctionnement du Conseil supérieur de la magistrature (CSM), l'organe qui supervise tous les magistrats.

Le gouvernement la jugeait indispensable pour garantir l'impartialité du système judiciaire.

L'opposition y voyait une tentative de mainmise du pouvoir sur les magistrats, regrettant qu'elle ne s'attaque pas aux problèmes de fond, comme les procès trop longs et les prisons surpeuplées. 

Le professeur Lorenzo Castellani, de l'université romaine Luiss estime, lui, que la Première ministre est affaiblie après cet échec et qu’elle pourrait tenter d’organiser des élections législatives anticipées pour lever la pression.