“Grandes rafles d'OQTF”: Arno Klarsfeld visé par une procédure disciplinaire au Conseil d’État
Le Conseil d’État a annoncé, mardi, l’ouverture d’une procédure disciplinaire contre Arno Klarsfeld, conseiller d’État depuis 2010, à la suite de déclarations scandaleuses sur CNews, appelant à l'organisation de “grandes rafles” d’étrangers.
La procédure a été engagée à l’initiative du vice-président du Conseil d’État, Didier-Roland Tabuteau qui a saisi la commission supérieure compétente en matière disciplinaire. Selon une source proche du dossier, ce type de procédure demeure peu fréquent.
Samedi, lors d’une émission sur CNews, Arno Klarsfeld a préconisé l’organisation de “grandes rafles” afin d’interpeller des étrangers en situation irrégulière, en faisant référence à la politique migratoire menée par l’administration américaine et aux opérations de l’ICE, la police fédérale de l’immigration.
“Si on veut se débarrasser des OQTF, il faut organiser comme fait Trump avec l’ICE des sortes de grandes rafles un peu partout, mais en organisant des grandes rafles, c’est-à-dire en essayant d’attraper le plus d’étrangers en situation irrégulière, on commet aussi des injustices”.
Les réactions ont été vives, notamment à gauche. Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste, a saisi la procureure de la République pour provocation à la discrimination, à la haine et à la violence, ainsi qu’apologie du crime.
Des députés de La France insoumise, comme Thomas Portes et Mathilde Panot, ont également saisi la justice et l’Arcom.
“Arno Klarsfeld, descendant de personnes raflées et déportées, appelle en direct à la télévision à la rafle et à la capture d’étrangers présents sur le territoire français. Dans quel état de folie ce pays est-il en train de sombrer ?” s’est indigné Panot.
Sur X, des utilisateurs ont exprimé leur indignation, certains calculant le coût pour les contribuables de son salaire au Conseil d’État (estimé à environ 1,35 million d’euros bruts sur 15 ans), et d’autres soulignant le peu de références à son travail comme rapporteur dans les affaires de la juridiction.
Le député européen David Cormand a commenté : “On voit mal comment Arno Klarsfeld pourrait continuer de siéger au Conseil d’État. (On voyait déjà mal, en vérité, ce qui justifiait qu’il y soit.)”
Sur le plan disciplinaire, les sanctions prévues peuvent aller de l’avertissement à la radiation du Conseil d’État, en passant par le blâme ou une suspension temporaire.
Armée israélienne
Arno Klarsfeld n’en est pas à son premier scandale. Il a été impliqué dans plusieurs controverses au fil des années, souvent liées à ses déclarations publiques sur l’immigration, ou ses engagements personnels.
Klarsfeld, qui possède la double nationalité franco-israélienne, a servi dans l’armée israélienne en 2005, plus précisément dans la police des frontières. Il a patrouillé en Cisjordanie occupée et à Gaza et a participé à des opérations incluant des fouilles de maisons palestiniennes et des contrôles d’ambulances.
Des reportages de l’époque avaient souligné les pratiques dégradantes envers les Palestiniens associées à ces unités.
Cette expérience avait suscité de vives critiques en France, certains y voyant un conflit d’intérêts avec ses futures fonctions publiques françaises, comme sa nomination au Conseil d’État en 2010.
Les Roms et l’immigration
Nommé président de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (Ofii) en 2011 sous Sarkozy, Klarsfeld avait également multiplié les propos racistes sur les Roms.
Il a déclaré qu’ils “devraient s’abstenir d’avoir huit enfants” s’ils vivaient dans la précarité, et approuvé les expulsions massives de camps en 2010, les qualifiant de justifiées.
Ces déclarations avaient provoqué une controverse à l’Assemblée nationale en 2012, où des députés PS ont quitté la salle en l’accusant de stigmatisation.
Il a défendu la “circulaire Guéant” visant à restreindre le nombre d’étudiants étrangers et critiqué les autorités roumaines pour ne pas intégrer les Roms. Ces positions ont été vues comme xénophobes par des associations et la gauche, menant à son remplacement en 2013 sous la présidence de François Hollande.