Les États-Unis reviennent discrètement au Sahel

La visite à Bamako de Nick Checker, chef du Bureau des affaires africaines au département d’État américain, symbolise le retour de Washington au Sahel. Une démarche pragmatique visant à relancer la coopération sécuritaire...

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Archive. Un avion C-130 de l'US Air Force lors de l'exercice militaire Flintlock à Diffa, le 8 mars 2014. / REUTERS

Nommé le 6 janvier dernier par Donald Trump au poste de chef du Bureau des affaires africaines au département d’État américain, Nick Checker entame ce lundi par le Mali sa toute première tournée africaine. 

“Le haut responsable du Bureau, Nick Checker, se rend à Bamako afin de transmettre le respect des États-Unis d’Amérique pour la souveraineté du Mali et leur volonté d’insuffler une nouvelle dynamique à la relation bilatérale”, souligne un communiqué de la représentation diplomatique américaine au Mali.

Partis du Sahel le 15 septembre 2024 avec le départ du dernier soldat américain du Niger, les États-Unis marquent ainsi leur retour dans une région où la Russie et d’autres puissances ne cessent de s’enraciner, alors que la France et les Européens ont perdu en influence.

“Subtilement, les Américains montrent qu’ils n’ont de leçons à recevoir de personne et qu’ils poursuivent leur propre agenda”, expliquait à TRT Français en 2023, le diplomate camerounais Paul Batibonak. Il soulignait alors le réalisme américain, opposé à la logique européenne, privilégiant le retour à l'ordre constitutionnel comme préalable à la normalisation des relations. 

“Washington privilégie désormais le pragmatisme sécuritaire à l’isolement diplomatique”, fait remarquer à TRT Français Seidik Abba, essayiste et président du Centre international de réflexions et d'études sur le Sahel (Cires, think tank basé à Paris, Ndlr) .

Réalisme diplomatique

Contrairement à la France et à l’Union européenne, longtemps engagées dans une approche conditionnée par la transition démocratique, les États-Unis semblent accepter de composer avec les autorités issues des coups d’État au Sahel.

“Les États-Unis se réjouissent de discuter des prochaines étapes visant à renforcer la coopération entre Washington et Bamako, ainsi que de consulter d’autres gouvernements de la région, notamment le Burkina Faso et le Niger, sur des intérêts communs en matière de sécurité et d’économie”, précise l’ambassade américaine à Bamako.

La région du Sahel, est devenue “l’épicentre du terrorisme mondial” et représente pour la première fois, “plus de la moitié des décès liés au terrorisme”, selon l'Indice mondial du terrorisme (GTI). De plus, le Niger, le Mali et le Burkina recèlent d'importantes ressources pétrolières, minières et même des métaux rares comme le lithium et l’uranium. Autant de centres d'intérêts aux mains des diplomates pour faciliter un éventuel réchauffement des relations entre Washington et les pays de l’AES.

A l’instar des pays de l’Union Européenne, la distance prise par les États-Unis vis-à -vis des pays du Sahel a réduit leur influence, sans pour autant améliorer la situation sécuritaire et politique, relève Seidik Abba.

L’objectif n’est pas de valider politiquement ces régimes, mais de préserver les intérêts jugés essentiels des États-Unis: la lutte contre les groupes terroristes, l’accès au renseignement et la stabilité régionale.

Cette approche tranche avec la stratégie russe, basée sur une présence sécuritaire directe et assumée. Le président du Niger, Abdourahamane Tiani, a du reste félicité les soldats russes. Ces derniers ont su contrer l’attaque terroriste contre l'aéroport de Niamey dans la nuit de mercredi à jeudi dernier.

Après le désengagement militaire du Niger de septembre 2024, Washington revient discrètement, misant sur la diplomatie, la coopération ciblée et des partenariats à la carte. Un réalisme stratégique qui prend progressivement corps malgré leur distanciation de l’Union européenne et de la France en matière de sécurité.

"Nous collaborons toujours. Nous avons même partagé des informations avec certains d’entre eux pour frapper des cibles terroristes clés, mais la situation est très différente d'il y a deux ou trois ans", a déclaré le 26 janvier dernier à l'AFP le général John Brennan (d’AFRICOM, Le Commandement des États-Unis pour l'Afrique, Ndlr) lors d'une interview en marge de discussions sécuritaires entre les États-Unis et le Nigeria.

Pour mener à bien cette initiative, Trump a choisi un spécialiste du renseignement et des questions de sécurité. Nick Checker, le nouveau chef du Bureau des affaires africaines au département d’État américain, a travaillé tour à tour comme analyste militaire à la CIA puis comme membre du Conseil national de sécurité des Etats-Unis.

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