Procès de Marine Le Pen: 2 jours d’interrogatoire et l’ex-présidente du RN qui plaide la “bonne foi”

Le procès en appel de Marine le Pen dans l'affaire des assistants parlementaires se poursuit à Paris. La députée a été interrogée ces deux derniers jours et sa ligne de défense est simple, “j'étais de bonne foi”. Elle joue son avenir politique.

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Marine Le Pen ce mercredi lors d'une pause à la Cour d'appel de Paris / AFP

La cheffe de file de l'extrême droite française Marine Le Pen a protesté, mercredi, de la "bonne foi" du Front national (devenu Rassemblement National), au deuxième jour d'un interrogatoire aussi minutieux que laborieux, par moments, au procès en appel des assistants d'eurodéputés.

"Pourquoi est-ce que nous, qui sommes des gens rigoureux, semblons avoir fait preuve, dans la façon dont ce dossier est présenté, d'une absence totale de rigueur?", interroge la députée de 57 ans. En y répondant dans la foulée: "car nous étions totalement de bonne foi".

Ainsi, Marine Le Pen a-t-elle développé toute la journée cet axe de défense, corollaire de la "non-intentionnalité" sur laquelle elle avait déjà insisté la veille. La cheffe des députés RN à l’Assemblée reconnaît que les assistants ont travaillé tour à tour pour le parti et pour le Parlement, ce qui n’est pas permis par les instances européennes, mais Marine Le Pen réfute toute intention de profiter du système.

La justice lui reproche, ainsi qu'au Rassemblement national (alors appelé Front national) et à dix autres cadres, d'avoir entre 2004 et 2016 fait embaucher des assistants parlementaires aux eurodéputés du parti, rémunérés par des fonds du Parlement européen mais dont l'activité n'aurait été qu'au seul bénéfice du FN.

11 membres du RN devant la Cour d’appel

Les explications de Marine Le Pen restent les mêmes pour tous les cas évoqués, elle ne savait pas et selon elle un militant du parti peut également travailler comme assistant,

Elle essaie de renverser la donne en pointant du doigt le Parlement européen. L’institution ne serait, selon elle, pas assez claire sur le cadre réglementaire sur les assistants parlementaires, les contrôles n’étaient pas aussi rigoureux à l’époque.

"Des règles absolument immuables, que tout le monde respectait et sur lesquelles le Parlement européen faisait preuve d'une fermeté totale? Ça n'était pas le cas!", martèle-t-elle.

La présidente de la cour d'appel, Michèle Agi, n’est pas de cet avis. Elle rappelle à la prévenue Le Pen qu'elle était "avocate" de formation, "connaissait le droit" et qu'"un contrat, c'est quelque chose qui (lui) parle".

Difficile d’apporter des preuves 20 ans après

Face aux interrogations parfois répétées - par la présidente, une juge assesseur, l'avocat du Parlement européen ou les deux représentants de l'accusation -, Marine Le Pen rappelle que vingt ans se sont écoulés et qu’il est difficile “de faire peser la preuve de son innocence".

Mais la Cour décortique chaque contrat pendant huit heures d’affilée et les faits sont têtus. Marine le Pen finit par s’agacer."Je ne sais pas comment faire pour vous prouver ce que je ne peux pas vous prouver, que je dois vous prouver", finit-elle par s'agacer.

Catherine Griset, son assistante personnelle de toujours, bombardée à Bruxelles alors que son bureau est à Paris et que son contrat européen l’oblige à être à Bruxelles ? "Ça n'est pas parce qu'elle est à Paris qu'elle ne fait pas son travail d'assistante parlementaire", jure Marine Le Pen, admettant néanmoins "l'erreur" d'avoir "embauché des gens qui travaillaient au siège" du FN.

Thierry Légier, le garde du corps de Jean-Marie Le Pen, déclaré comme assistant parlementaire de Jean-Marie Le Pen puis de Marine Le Pen, la patronne RN fait valoir qu’à ses yeux, il n’y a “rien de choquant” dans cette embauche. 

Un garde du corps en guise d’assistant parlementaire

"Jean-Marie Le Pen considérait que le parti était pauvre et qu'on ne pouvait pas se permettre de ne pas utiliser les moyens qui étaient apportés par les institutions. Sinon, c'était autant de forces de travail auxquelles on renonçait", admet la benjamine Le Pen, mais "c'était sa vision. En réalité, chacun faisait absolument ce qu'il voulait".

Le tribunal va passer en revue tous les assistants parlementaires et relever l’absence de ces personnes à Strasbourg ou Bruxelles, les lieux des organisations européennes où elles sont censées travailler, l’absence de rapport ou de notes produites sur des dossiers européens. Les faits n’ont pas changé, reste à voir si le tribunal estime qu’il y a eu une volonté globale du parti de profiter des institutions européennes ou si la “bonne foi” du RN est reconnue.

Le procès va se poursuivre jusqu'au 11 février. En première instance, Marine Le Pen avait été condamnée à quatre ans de prison dont deux ferme, à 100 000 euros d'amende et à cinq ans d'inéligibilité avec exécution provisoire.