Une famille palestinienne perd son bébé après 17 ans d’attente
Un nourrisson de six mois est mort après une exposition prolongée au froid hivernal et à la pollution des eaux usées dans les camps de déplacés de Gaza.
Pendant 17 ans, la famille Abu Hamad a attendu d’avoir un enfant. Lorsqu’il est enfin né, le siège israélien, le froid de l’hiver et l’effondrement environnemental l’ont emporté.
Yousef Abu Hamad, âgé de six mois, est décédé en début de semaine après avoir été exposé pendant une longue période à un froid intense et à des eaux usées contaminées à proximité de l’abri de fortune de sa famille dans la zone d’al-Mawasi, à l’ouest de Khan Younès, dans le sud de Gaza.
Sa mort survient alors que les Palestiniens de l’enclave subissent une dégradation continue de leurs conditions de vie, aggravée par les tempêtes hivernales et la destruction environnementale massive provoquée par ce que les autorités palestiniennes qualifient de génocide en cours mené par Israël.
Une vie fragile dans un abri précaire
Déplacée de son domicile à Bani Suheila, à l’est de Khan Younès, la famille de Yousef vivait sous une tente installée près d’un point de déversement d’eaux usées à ciel ouvert, l’un des nombreux sites débordant depuis la destruction des infrastructures d’assainissement de Gaza.
Les médecins ont indiqué à la famille que le nourrisson était mort d’une combinaison d’exposition sévère au froid et de déshydratation, aggravée par l’exposition aux eaux usées polluées entourant l’abri.
Depuis décembre, une série de tempêtes hivernales a frappé Gaza, inondant et balayant des dizaines de milliers de tentes fragiles qui constituent le seul refuge pour les familles déplacées après la destruction d’une grande partie du parc immobilier de l’enclave par les attaques israéliennes.
La douleur du père
Tenant le petit corps de son fils Yousef, Omar Abu Hamad peinait à trouver ses mots.
“Cet enfant est arrivé après 17 années de souffrance et d’attente. C’était notre seul fils, parmi six filles”, a-t-il déclaré à Anadolu.
Il a expliqué que ses appels répétés pour obtenir du lait infantile et des couches au cours des derniers mois étaient restés sans réponse, laissant son enfant de plus en plus vulnérable à mesure que les températures baissaient et que les conditions de vie se dégradaient.
Un lourd tribut pour les enfants
Le ministère de la Santé de Gaza a indiqué, le 20 janvier, que neuf enfants étaient déjà morts de causes liées au froid depuis le début de l’hiver. Le décès de Yousef porte ce chiffre à dix, les responsables palestiniens avertissant que d’autres enfants restent menacés en raison du manque d’abris, de chauffage et de services d’assainissement.
Selon les autorités, les eaux usées ont inondé rues et camps de tentes à travers Gaza, favorisant la propagation de maladies intestinales et cutanées parmi les familles déplacées.
“Son corps était devenu bleu”
La grand-mère de Yousef, Um Mohammed, a raconté que la famille l’avait conduit en urgence à l’hôpital après avoir reçu un appel nocturne indiquant que son corps était devenu bleu sous l’effet du froid.
“Quand nous sommes arrivés, il était déjà mort”, a-t-elle témoigné, la voix brisée.
À l’hôpital Nasser, le corps enveloppé du nourrisson présentait des signes visibles d’exposition extrême au froid, selon des membres de la famille. Les diarrhées dont souffrait Yousef avaient entraîné une grave déshydratation.
Effondrement environnemental
Le bureau gouvernemental des médias de Gaza a déclaré que les attaques israéliennes ont détruit près de 90 % des infrastructures civiles de l’enclave, y compris plus de 700 000 mètres de réseaux d’égouts, provoquant ce que les autorités décrivent comme une catastrophe environnementale.
Les municipalités avertissent que les stations restantes de pompage de l’eau et des eaux usées fonctionnent à peine en raison d’une pénurie aiguë de carburant, menaçant encore davantage la santé publique à mesure que l’hiver se poursuit.
Pour la famille Abu Hamad, le coût de cet effondrement est profondément personnel.
Après 17 années d’attente, leur fils n’a vécu que six mois.
Selon les autorités palestiniennes, l’armée israélienne a tué plus de 71 000 personnes, majoritairement des femmes et des enfants, et blessé plus de 171 000 autres depuis octobre 2023 lors d’une offensive qui a laissé Gaza en ruines.
Malgré un cessez-le-feu entré en vigueur le 10 octobre, Israël a poursuivi ses attaques, tuant 477 Palestiniens et en blessant 1 300 autres, d’après le ministère de la Santé de Gaza.